Aller au contenu
La Lingerie
Femme en soutien-gorge de dentelle noire sous une chemise de soie ivoire entrouverte, debout derrière un voilage blanc dans une chambre lumineuse
Le voilage cache et désigne à la fois : l'intermittence, transposée du texte au vêtement.

Philosophie de la lingerie : pudeur, désir, voilé et dévoilé

XXe siècle

Barthes, Bataille, Elias, Duerr, Beauvoir : aucun n'en a fait son sujet. Ce que leurs idées éclairent, une fois transposées, et ce qu'elles ne disent pas.

Frise chronologique

  1. 1939

    Elias publie Über den Prozeß der Zivilisation à Bâle

  2. 1949

    Le Deuxième Sexe, tome I (Gallimard)

  3. 1957

    Bataille, L'Érotisme (Minuit)

  4. 1973

    Barthes, Le Plaisir du texte (Seuil)

  5. 1981

    Perrot, Les Dessus et les Dessous de la bourgeoisie (Fayard)

  6. 1988

    Duerr, Nacktheit und Scham (Suhrkamp)

Aucun des grands noms que l’on convoque pour parler du corps et de la pudeur n’a fait de la lingerie son sujet. Roland Barthes parle de lecture, Georges Bataille d’érotisme, Norbert Elias de manières et de gêne, Simone de Beauvoir de la condition des femmes. Seul Philippe Perrot consacre un livre au vêtement, celui de la bourgeoisie du XIXe siècle, dessous compris. Pourtant leurs idées éclairent une question simple : pourquoi un morceau de dentelle ou de satin retient-il le regard bien au-delà de son usage ?

Cette page rassemble ces auteurs en tenant un engagement. À chaque fois, elle dit ce que l’auteur a réellement écrit, puis ce que nous ajoutons. La philosophie de la lingerie n’existe pas comme discipline : elle se construit par transposition, et une transposition n’est jamais une preuve. Elle ouvre une lecture, que le lecteur est libre de refuser.

Une philosophie par transposition : la règle du jeu

Prenons une phrase, citons-la entière, rappelons de quoi elle parle, puis demandons ce qu’elle donne si l’on remplace son objet par un vêtement. Ce procédé est honnête à une condition : ne jamais écrire « Barthes dit que la lingerie… » quand Barthes parle d’un texte. Les piliers voisins du site traitent les faits, les dates et les objets, à commencer par l’histoire de la lingerie ; celui-ci traite des idées, et c’est pourquoi il distingue en permanence trois niveaux :

  • la citation, donnée entière et attribuée ;
  • le résumé fidèle, qui dit ce que l’auteur a écrit sans le citer ;
  • la lecture de la rédaction, qui transpose et que le lecteur est libre de refuser.

Un tableau, plus bas, récapitule ce niveau de certitude auteur par auteur. Il sert aussi de garde-fou : chaque fois qu’un texte de cette page paraît dire « la lingerie est… », c’est de notre voix qu’il s’agit, jamais de celle d’un philosophe. Pour la même raison, le site évite les formules du type « la philosophie nous apprend que ». Elle n’apprend rien sur la lingerie ; elle donne des questions, ce qui est déjà beaucoup.

Barthes et Bataille : l’intermittence et l’interdit

Barthes : l’intermittence, ou la peau entre deux bords

Dans Le Plaisir du texte (Seuil, 1973), Roland Barthes écrit :

« L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement bâille ? Dans la perversion (qui est le régime du plaisir textuel) il n’y a pas de “zones érogènes” (expression au reste assez casse-pieds) ; c’est l’intermittence, comme l’a bien dit la psychanalyse, qui est érotique : celle de la peau qui scintille entre deux pièces (le pantalon et le tricot), entre deux bords (la chemise entrouverte, le gant et la manche) ; c’est ce scintillement même qui séduit, ou encore : la mise en scène d’une apparition-disparition. »

Roland Barthes, Le Plaisir du texte, Seuil, 1973

Précision indispensable : cette phrase ne parle pas de lingerie. Elle appartient à un développement sur le texte de plaisir, celui qui contente, et sur le texte de jouissance, et le vêtement n’y est qu’une comparaison pour dire comment on lit. Barthes parle de lecture ; nous transposons. Le détail de cette lecture, avec les limites de l’exercice, fait l’objet d’un article à part : Barthes et l’intermittence, là où le vêtement bâille.

Que donne la transposition ? La lingerie est, de tous les vêtements, celui qui vit de l’intermittence. Une bretelle qui glisse, la bordure d’une dentelle sous un col, un ruban entrevu au bas d’une manche : ce sont autant de « bords » entre lesquels la peau scintille, pour reprendre le mot de Barthes. Notre lecture est la suivante : la lingerie n’est pas érotique par ce qu’elle montre, ni par ce qu’elle cache, mais par le mouvement entre les deux. C’est une interprétation, non une thèse de Barthes, et elle a une conséquence : une pièce portée de façon permanente à l’air libre cesse d’être de la lingerie au sens de cette lecture, elle devient un vêtement comme un autre. Pour une lecture voisine appliquée à l’image dessinée, voir l’article sur la pin-up.

Jeune femme en corset bleu et jupon blanc devant un miroir de toilette, une houppette à la main, un homme en haut-de-forme assis à droite du tableau
Édouard Manet, « Nana » (1877) : une femme en corset et jupon à sa toilette, regardée par un visiteur. Peinture du domaine public (Wikimedia Commons).

Bataille : l’interdit et la transgression

Georges Bataille ouvre L’Érotisme (Éditions de Minuit, 1957) sur une phrase qui circule souvent sous une forme abrégée. La phrase complète est celle-ci : « De l’érotisme, il est possible de dire qu’il est l’approbation de la vie jusque dans la mort. » Plus loin, il écrit que « le domaine de l’érotisme est le domaine de la violence, le domaine de la violation » (nous citons ces deux passages d’après un article universitaire qui les situe dans l’édition Minuit).

Pour Bataille, l’érotisme se définit par rapport à un interdit que l’on franchit. Nous n’avons pu vérifier aucun propos précis de Bataille sur le vêtement ou sur la nudité, et nous ne lui en prêtons aucun. Ce que l’on peut dire, c’est le cadre : sans interdit, pas de transgression ; sans pudeur, pas de dévoilement qui compte. Pour le versant relationnel, c’est-à-dire le regard, le désir et le couple, le pilier Lingerie, hommes et femmes prolonge ces questions avec d’autres outils.

La transposition est tentante. Si l’on suit ce cadre, la lingerie est l’objet qui matérialise la limite. Elle est le dernier seuil avant ce que l’usage social interdit de montrer, et on peut lire sa fonction érotique comme celle d’une frontière visible plutôt que comme celle d’un habit. Mais c’est une lecture, qui dépend de la thèse de départ : dans une société qui ne ferait aucun interdit de la nudité, ce raisonnement perdrait sa prise, et le débat porte justement là-dessus (voir plus bas Elias et Duerr).

Elias, Duerr, Perrot, Beauvoir : pudeur, vêtement, entrave

Elias et Duerr : la pudeur est-elle une invention ?

Le sociologue Norbert Elias publie Über den Prozeß der Zivilisation à Bâle en 1939. Le livre passe presque inaperçu ; il est réédité en Allemagne en 1969, puis en poche en 1976, et c’est à ce moment que sa notoriété s’installe. En français, l’ouvrage est publié en deux parties séparées, sous les titres La Civilisation des mœurs et La Dynamique de l’Occident.

Elias décrit un déplacement du « seuil de pudeur » (Schamschwelle) et du « seuil de gêne » (Peinlichkeitsschwelle). Au fil des siècles, un nombre croissant de comportements deviennent sources de honte ou de gêne, d’abord devant les autres, puis devant soi. Il lit cette évolution comme le passage de contraintes extérieures (Fremdzwänge) à des contraintes intériorisées (Selbstzwänge). Une phrase résume le mouvement, citée d’après l’édition Suhrkamp (1976, tome I, p. 174), telle que la rapporte l’article allemand de Wikipédia :

« Auf diese Weise vollzieht sich also der geschichtlich-gesellschaftliche Prozess von Jahrhunderten, in dessen Verlauf der Standard der Scham- und Peinlichkeitsgefühle langsam vorrückt, in dem einzelnen Menschen in abgekürzter Form von neuem. »

Norbert Elias, Über den Prozess der Zivilisation, Suhrkamp, 1976, tome I, p. 174

Notre traduction, qui n’est pas celle de l’édition française : le niveau des sentiments de pudeur et de gêne avance lentement, et il se reproduit sous une forme abrégée chez chaque individu. Elias ne dit pas pour autant que les modernes seraient plus moraux que leurs ancêtres : il décrit ce qui, à une époque donnée, est ressenti comme gênant. Et il n’écrit pas sur les sous-vêtements. Ce que nous lui empruntons est un cadre : si la pudeur a une histoire, alors la lingerie a une histoire elle aussi, et chaque époque trace sa propre ligne entre ce qui se porte sous les yeux et ce qui se porte dessous.

Cette thèse est contestée. L’ethnologue Hans Peter Duerr, professeur à l’université de Brême, consacre plusieurs volumes à critiquer cette théorie, sous le titre général « Der Mythos vom Zivilisationsprozess ». Le premier, Nacktheit und Scham (Suhrkamp, 1988), est traduit en français par Véronique Bodin sous le titre Nudité et pudeur. Le mythe du processus de civilisation (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1998). Selon Duerr, la honte devant la nudité n’est pas une invention de la modernité occidentale : on la trouve dans des sociétés très diverses, et Elias aurait généralisé à partir de sources non représentatives. Le compte rendu de la Revue française de sociologie (2001) donne un aperçu de cette controverse.

Nous ne trancherons pas entre eux, parce que les sources lues ne permettent pas de le faire et parce que la controverse est ouverte. Mais le choix a des effets sur la lingerie. Si Elias a raison, les dessous prennent leur sens dans une histoire occidentale précise, celle d’un seuil qui avance. Si Duerr a raison, la lingerie répond à un besoin de limite qu’on retrouve ailleurs, sous d’autres formes. L’article La pudeur est-elle une invention ? Ce qu’en disent Elias et Duerr reprend le débat plus en détail.

Perrot : les dessous de la bourgeoisie

Philippe Perrot est le seul auteur de ce tour d’horizon à avoir écrit sur le sujet qui nous occupe : Les Dessus et les Dessous de la bourgeoisie. Une histoire du vêtement au XIXe siècle (Fayard, 1981). Nous ne l’avons pas lu dans le texte ; nous nous appuyons sur le compte rendu publié par Le Monde le 26 juin 1981, qui en donne le titre, le sujet et les thèses.

Selon ce compte rendu, Perrot montre que les hommes et les femmes de la « bonne société », « engoncés dans leurs cols durs, torturés par leurs plastrons, suppliciées dans leurs corsets », n’hésitent pas à souffrir, à risquer la maladie et la mort. Une conduite opposée, note le critique, à « l’idée même de rationalité » qui gouverne leurs placements. Les guillemets sont ceux du journal, qui ne précise pas si les mots sont de Perrot ou de son commentateur : ils sont donc à attribuer au compte rendu.

Le même article rappelle que Perrot situe en 1793 le moment où la « liberté du costume » est proclamée par décret : « Chacun est libre de porter tel vêtement ou ajustement de son sexe qui lui convient. » Ce principe, vieux de deux siècles, dit déjà tout du paradoxe : une liberté affirmée en droit, et des usages sociaux qui, au même moment, imposent aux corps un habillage lourd de contraintes. Ce que le corset a réellement fait au corps, et ce que les médecins du XIXe siècle en ont dit, est le sujet de l’article Le corset était-il dangereux ? Médecins et moralistes au XIXe siècle.

Beauvoir et l’entrave

Le tome I du Deuxième Sexe paraît chez Gallimard le 24 mai 1949. Simone de Beauvoir y soutient, entre autres, que les modes féminines ont servi à entraver le corps : talons, corsets, crinolines. Nous résumons son propos sans guillemets, parce que nous n’avons pas pu relire le passage dans une édition de référence ; la localisation exacte (chapitre, page) n’est pas établie ici. Autre épisode célèbre : l’image des soutiens-gorge brûlés en 1968 relève en grande partie du mythe, démêlé dans l’article Les soutiens-gorge brûlés de 1968 : vrai ou faux ?.

Ce résumé suffit à poser l’objection majeure à une philosophie du désir comme celle de Barthes ou de Bataille : et si le vêtement intime n’était pas d’abord un jeu, mais une contrainte ? La question est sérieuse, et l’histoire donne raison aux deux côtés. La même pièce, selon l’époque et selon qui décide de la porter, a pu comprimer ou séduire. C’est pourquoi la suite de ce pilier, Lingerie et société : morale, travail et émancipation, s’intéresse à qui fabrique, qui vend, qui impose, qui choisit.

Tableau et lecture d’ensemble : la lingerie comme seuil

Un tableau pour s’y retrouver

Auteur Ouvrage De quoi il parle Ce que nous transposons Statut
Barthes Le Plaisir du texte, Seuil, 1973 Le plaisir de lire L’intermittence appliquée au vêtement Transposition de la rédaction
Bataille L’Érotisme, Minuit, 1957 L’érotisme comme transgression d’un interdit La lingerie comme limite visible Transposition ; rien de cité sur le vêtement
Elias Über den Prozeß der Zivilisation, 1939 L’évolution des seuils de pudeur et de gêne Une histoire de la lingerie liée à celle de la pudeur Cadre emprunté ; Elias n’écrit pas sur les dessous
Duerr Nacktheit und Scham, Suhrkamp, 1988 Critique d’Elias : la pudeur est largement répandue Un besoin de limite qui ne serait pas propre à l’Occident Thèse de l’auteur, controverse ouverte
Beauvoir Le Deuxième Sexe, Gallimard, 1949 La condition des femmes, dont les modes La lingerie comme possible entrave Résumé sans citation
Perrot Les Dessus et les Dessous de la bourgeoisie, Fayard, 1981 Le vêtement bourgeois au XIXe siècle Aucune transposition nécessaire Compte rendu du Monde, 26 juin 1981

Notre lecture : la lingerie comme seuil

Mettons ces cadres bout à bout. Barthes donne le mouvement, l’intermittence. Bataille donne la raison de ce mouvement, l’interdit qu’on approche sans le franchir tout à fait. Elias et Duerr se disputent l’origine de cet interdit : historique ou universel. Beauvoir et Perrot rappellent que ce qui se joue dessous n’est pas qu’un jeu : il y a des corps contraints, des conduites imposées, des douleurs consenties.

Deux jeunes femmes en chemise blanche, l'une face au miroir de toilette et son reflet, dans une lumière claire
Berthe Morisot, « Psyché » : une jeune femme en chemise devant sa psyché, entre ce qu'on est pour soi et ce qu'on montre. Peinture du domaine public (Wikimedia Commons).

De là notre avis, assumé comme tel : la lingerie est un seuil. Elle se tient à la frontière du corps et de la société, entre ce qu’on est pour soi et ce qu’on montre aux autres. Un seuil se franchit, mais il peut aussi se refermer, et c’est là toute son ambivalence. Quand la personne qui porte la pièce décide du moment où elle la dévoile, le seuil est un jeu, voire un pouvoir. Quand elle subit la pièce, par obligation sociale, médicale ou commerciale, le seuil devient une entrave. La différence ne tient pas à l’objet, mais à la liberté de celle ou de celui qui le porte. Des peintres femmes ont représenté ce seuil de l’intérieur : voir quand les femmes peignent la toilette.

Cette lecture s’accorde avec des controverses plus récentes : le mythe des soutiens-gorge brûlés en 1968, évoqué plus haut, et le sondage de 2020 sur le no bra. Dans les deux cas, la question est celle de la décision : qui choisit de porter, ou de ne pas porter ?

Le voilé et le dévoilé, du regard à l’image

Le jeu du voilé et du dévoilé ne se joue pas qu’entre deux personnes : il se joue aussi dans l’image. Depuis longtemps, peintres et dessinateurs ont travaillé le motif de la chemise entrouverte, du boudoir, du dessous entrevu, des maîtres du XVIIIe siècle aux affichistes de la pin-up. Le site y consacre un article : Chemise, boudoir et peintres : Boucher, Fragonard, Degas.

Il reste une question que l’image seule ne règle pas : la lingerie trouble-t-elle davantage que la nudité ? L’idée est courante ; elle se prête mal à la philosophie et bien à la mesure. Ce que des chercheurs ont réellement mesuré sur ce point est l’objet de l’article La lingerie trouble-t-elle plus que la nudité ? Ce que les chercheurs ont mesuré. Sur le plan culturel, la page vêtement intime de mondesensuel.fr, site du même réseau, propose une approche complémentaire.

Les limites de cette philosophie, et pour aller plus loin

Ce que cette philosophie ne peut pas faire

Trois limites sont à garder en tête :

  • Elle ne démontre rien. Les cadres de Barthes, de Bataille ou d’Elias ont été conçus pour d’autres objets, et leur transposition à la lingerie reste une lecture. Elle peut éclairer, elle ne peut pas prouver. Un lecteur qui trouverait la transposition forcée aurait raison de le dire, et ce serait un bon point de départ pour discuter.
  • Elle ne remplace pas l’histoire. Savoir ce que les Romaines portaient sous leur tunique, ce que contenait réellement un corset en 1900 ou ce que dit un sondage de 2020 relève de sources et de dates, pas de concepts. Le pilier consacré à l’histoire se charge de cette partie, sans tirer de grandes conclusions.
  • Elle ne couvre pas tout le champ. Les auteurs réunis ici sont occidentaux et, pour la plupart, français ou de langue allemande ; la place de la lingerie dans d’autres sociétés, avec leurs propres seuils, est traitée dans le pilier consacré au monde.

Enfin, elle laisse de côté un point que nous n’avons pas pu documenter ici : ce que les femmes elles-mêmes ont écrit de leur rapport à ces objets, en dehors du cadre des grands philosophes. C’est une limite, que nous préférons dire.

Pour aller plus loin

Les sources lues pour cette page sont accessibles en ligne :

Questions fréquentes

Barthes a-t-il écrit sur la lingerie ?

Non. Sa phrase sur « l'endroit le plus érotique d'un corps » vient du Plaisir du texte (Seuil, 1973) et décrit le plaisir de lire, le vêtement n'y est qu'une comparaison. Appliquer l'intermittence à la lingerie est une transposition de ce site, pas une thèse de Barthes.

Qu'appelle-t-on « intermittence » chez Barthes ?

C'est l'apparition-disparition : la peau qui scintille entre deux pièces ou deux bords (la chemise entrouverte, le gant et la manche). Pour Barthes, c'est cette intermittence, et non une « zone érogène » particulière, qui est érotique.

La pudeur est-elle naturelle ou historique ?

Les spécialistes ne sont pas d'accord. Norbert Elias décrit un déplacement historique du seuil de pudeur et de gêne en Europe ; Hans Peter Duerr soutient au contraire que la honte devant la nudité se rencontre dans des sociétés très diverses. La controverse reste ouverte.

Beauvoir a-t-elle condamné le corset et les dessous ?

Dans Le Deuxième Sexe (Gallimard, 1949), elle soutient que certaines modes, dont les talons, les corsets et les crinolines, servaient à entraver le corps féminin. Nous résumons son propos sans le citer, faute d'avoir relu le passage dans une édition.

La lingerie peut-elle être à la fois contrainte et plaisir ?

C'est la position défendue ici, comme lecture du site et non comme thèse d'un auteur : le même vêtement a pu entraver (le corset) et séduire (la dentelle), et la différence tient à celui ou celle qui décide de le porter.