
Lingerie, hommes et femmes : le regard, le désir, le couple
Que sait-on de l'effet de la lingerie sur le regard masculin et sur le couple ? Expériences, sondages, histoire et images, avec effectifs et limites.
Frise chronologique
1930-1934
1940
1977
2008
2011
Hietanen et Nummenmaa : le cerveau devant les corps nus et vêtus
2016
2018
Méta-analyse sur l'effet du rouge, 45 contrastes chez les hommes
2020
Craig et Gray : 353 Américaines en couple
Que fait la lingerie à celui qui la regarde ? La question paraît simple, et les réponses assurées abondent : les hommes aimeraient la dentelle, le rouge ferait tomber les défenses, une tenue bien choisie renforcerait le couple. Cette page prend le contre-pied de ces évidences. Elle passe en revue ce que la recherche a vraiment mesuré, avec les auteurs, les années, les effectifs et les limites de chaque étude, puis ce que disent les sondages, et enfin ce que l’histoire et la peinture ont fabriqué du regard sur la lingerie.
Le résultat est moins spectaculaire qu’une promesse de séduction, mais plus utile. Dans l’état des sources que nous avons lues, nous ne pouvons pas écrire que la lingerie « agit sur » le regard masculin ni qu’elle renforce le couple. Nous pouvons écrire ce que des chercheurs ont mesuré, ce que des personnes interrogées ont répondu, et comment des industries, des censeurs et des peintres ont organisé ce qu’on regarde, un fil que l’histoire de la lingerie déroule sur la longue durée. C’est déjà beaucoup.
Trois niveaux de preuve, et ce qu’ils ne disent pas
Il y a trois manières de savoir quelque chose de ce sujet :
- Les expériences contrôlées mesurent un effet précis chez des participants, avec des effectifs parfois très petits.
- Les sondages demandent des opinions, qui ne sont pas des comportements.
- L’histoire et les images montrent comment des acteurs (studios, éditeurs, boutiques, peintres) ont façonné le regard, ce qui ne dit rien de ce que chaque spectateur éprouve.
Aucun de ces trois niveaux ne répond seul à la question. Ensemble, ils permettent de savoir ce qu’on ne sait pas. Le tableau ci-dessous récapitule les études citées plus bas, avec ce que chacune mesure et sa limite principale.
| Étude | Année | Effectif | Ce qui est mesuré | Limite principale |
|---|---|---|---|---|
| Elliot et Niesta | 2008 | 150 en cinq expériences (de 23 à 37 par groupe) | attrait de femmes photographiées en rouge | petits groupes |
| Hietanen et Nummenmaa | 2011 | 15 hommes, puis 32 volontaires | réponse cérébrale N170 aux corps | attention perceptive, pas désir ; aucune lingerie testée |
| Adam et Galinsky | 2012 | une cinquantaine, 74 et 99 étudiants | effet d’une blouse sur l’attention | aucune lingerie ; réplication négative en 2019 |
| Peperkoorn, Roberts et Pollet | 2016 | 830 hommes | attrait d’une femme en rouge | aucun effet trouvé |
| Lehmann, Elliot et Calin-Jageman | 2018 | 2 961 hommes (45 contrastes) | méta-analyse de l’effet rouge | effet petit (d = 0,26), plus faible si préenregistré |
| Bernard et coll. | 2019 | trois expériences | réponse N170 et posture suggestive | objectification, pas attrait |
| Craig et Gray | 2020 | 353 Américaines en couple | lingerie, désir et satisfaction | auto-déclaré, corrélation seulement |
| Ifop pour RougeGorge Lingerie | 2016 | 1 003 personnes | opinions sur la lingerie | sondage commandé par une marque |
Ce que mesure le laboratoire sur le regard
En 2011, Hietanen et Nummenmaa publient dans PLOS ONE « The Naked Truth », une étude par électroencéphalographie : dans deux expériences, la réponse cérébrale dite N170 aux corps était plus grande pour les corps nus que pour les corps vêtus, et croissait à mesure que les vêtements diminuaient (vêtu, maillot de bain, nu). Les auteurs lisent cette amplification comme le reflet probable d’une excitation affective. Le résultat contredit l’idée reçue selon laquelle le vêtement troublerait davantage que la nudité, et il mesure l’attention perceptive, pas la préférence ni le désir. La notice de l’université de Turku en donne les références.
Le dispositif mérite d’être décrit, parce qu’il montre ce que l’étude ne peut pas dire. Dans la première expérience, 15 volontaires, tous des hommes (âge moyen 28,27 ans), regardent des visages, des corps nus, des corps en maillot de bain et des voitures, la tête des corps étant masquée ; pour contrôler la posture, les images « en maillot » sont les photographies de corps nus sur lesquelles les chercheurs ont dessiné un maillot noir. La seconde expérience réunit 32 volontaires, dont 16 femmes, devant des corps nus ou habillés qui posent debout comme des mannequins, moitié de modèles féminins, moitié de modèles masculins. Le signal est plus grand pour les corps nus que pour les corps habillés, que le corps soit du sexe opposé ou du même sexe ; il croît de façon linéaire quand les vêtements diminuent ; il dépasse même celui des visages. Les auteurs signalent une limite technique : avec 21 électrodes, la densité est trop faible pour localiser avec précision les sources cérébrales. Surtout, aucune lingerie n’a été testée : les catégories sont « maillot de bain » et « habillé ».
En 2019, Bernard et ses collègues ont mené trois expériences, publiées dans Personality and Social Psychology Bulletin, qui mesurent aussi la réponse N170. Leur conclusion : c’est la suggestivité de la posture qui provoque l’objectification cognitive, et non le rapport entre peau découverte et vêtement. Autrement dit, ce n’est pas la quantité de tissu qui compte dans cette expérience, mais la pose. Le résultat porte sur l’objectification, pas sur le désir ni sur l’attrait. Dans les études retrouvées, nous n’avons pas trouvé de test direct qui compare une même personne en lingerie et nue, jugée plus attirante : la question que pose tout le monde n’a, à notre connaissance, pas été mesurée. Notre article sur ces études en détaille la portée.
Reste une hypothèse que la littérature, elle, a bien formulée : l’intermittence, ce que Roland Barthes décrit comme l’érotisme du vêtement qui bâille. C’est une hypothèse de lecteur, pas une donnée expérimentale, et nous la traitons dans la page sur la philosophie de la lingerie.
L’effet rouge : une petite vedette de la psychologie, mise à l’épreuve
C’est l’exemple le plus connu, et le plus instructif. En 2008, Elliot et Niesta publient dans le Journal of Personality and Social Psychology « Romantic red », cinq expériences menées à l’université de Rochester : le rouge rendait les femmes photographiées plus attirantes et plus désirables sexuellement aux yeux d’hommes, sans effet sur la gentillesse ni l’intelligence perçues. Les cinq expériences portaient pourtant sur de petits groupes, de 27, 32, 37, 31 et 23 participants, soit 150 au total, selon le tableau de la méta-analyse qui les a reprises plus tard.
Les réplications nuancent le tableau. Peperkoorn, Roberts et Pollet (2016) rapportent trois expériences portant sur 830 hommes au total, sans aucun effet du rouge sur l’attractivité. La méta-analyse de Lehmann, Elliot et Calin-Jageman (2018) rassemble 45 contrastes pour les hommes évaluant des femmes, soit 2 961 participants, et trouve un effet petit, d = 0,26 avec un intervalle de confiance de 0,12 à 0,40. Les effets sont plus petits dans les études préenregistrées, autour de 0,10 chez les hommes, et déclinent avec le temps ; les auteurs proposent eux-mêmes deux lectures, celle d’un petit effet réel et celle d’un effet quasi nul. Enfin, une étude de Guéguen publiée en 2012 sur des femmes habillées de rouge a été rétractée, l’avis de rétractation datant de 2023 : elle ne peut pas servir de preuve.
Pour les femmes qui jugent des hommes, la même méta-analyse trouve d = 0,13 (intervalle de 0,01 à 0,25) sur 2 739 participants et 36 contrastes, avec des indices de biais vers le haut. L’hétérogénéité entre études est très élevée chez les hommes qui évaluent des femmes (I² = 89 %) : les résultats varient fortement d’une étude à l’autre. Les auteurs n’ont pas trouvé de consensus. Les premier et dernier auteurs, Lehmann et Calin-Jageman, ont mené des réplications qui n’ont pas soutenu l’hypothèse et jugent l’effet très petit, peut-être inexistant, le déclin observé indiquant selon eux que la recherche d’origine l’a surestimé. Le deuxième auteur, Elliot, auteur de l’étude de 2008, y voit la preuve d’un petit effet fiable pour les hommes qui jugent des femmes, tout en jugeant la qualité des études « pas forte ».
La formulation honnête est donc la suivante : l’effet du rouge sur l’attrait existe, s’il existe, à une échelle bien plus petite que l’étude fondatrice ne le laissait croire, et il varie beaucoup d’une étude à l’autre. Elle interdit aussi bien « le rouge séduit les hommes » que « le rouge ne marche pas ». Les détails sont dans l’article sur le rouge et l’attirance, et la méta-analyse de 2018 est consultable en ligne.
La « cognition vêtue » : un cas d’école de controverse
Un autre résultat célèbre concerne ce que les vêtements font à celle ou celui qui les porte. En 2012, Adam et Galinsky publient « Enclothed cognition » dans le Journal of Experimental Social Psychology : trois expériences sur la blouse blanche (une cinquantaine, 74 et 99 étudiants d’une université du Midwest), où la blouse décrite comme celle d’un médecin améliorait l’attention par rapport à celle d’un peintre. Une réplication directe préenregistrée de la première expérience, par Burns et ses collègues (2019), ne trouve aucun effet de la blouse sur la tâche de Stroop, et ses auteurs jugent peu probable que ce soit un manque de puissance. En 2025, une méta-analyse de Horton, Adam et Galinsky couvre 40 études (24 articles, 105 effets, 3 789 participants) : elle émet des doutes sur la réplicabilité des études anciennes, mais juge probantes celles parues après 2015. Ses auteurs sont aussi les inventeurs de la théorie, ce qui est un conflit d’intérêt à signaler.
Surtout, aucune de ces études ne porte sur la lingerie. Quand une marque ou un blog affirme que se sentir désirable en dessous change tout, la cognition vêtue sert de caution à un résultat qu’elle n’a jamais mesuré. Nous n’avons pas non plus trouvé d’expérience randomisée montrant que porter de la lingerie augmente l’estime de soi : l’étude de Wood (2016, Journal of Gender Studies) est une étude qualitative sur les discours des femmes et le postféminisme, sans mesure d’estime de soi.
Ce que disent celles qui la portent : une enquête, une corrélation
La meilleure étude que nous ayons lue sur le côté féminin du sujet est celle de Craig et Gray (2020, PLOS ONE) : une enquête auprès de 353 Américaines de 25 à 45 ans en couple. 88,7 % portent ou ont porté de la lingerie ; elles évaluent leurs sous-vêtements comme plus sexy les jours où elles s’attendent à un rapport (notes moyennes de 5,68 contre 3,87, p inférieur à 0,001), et une lingerie plus sexy est corrélée à plus de désir, d’excitation et de satisfaction. Cette étude transversale repose sur des réponses auto-déclarées, avec un recrutement par réseaux sociaux et par un panel en ligne : elle montre une corrélation, pas une causalité, et ne dit pas si c’est la lingerie qui nourrit le désir ou le désir qui conduit à choisir la lingerie. Elle est consultable dans PLOS ONE.
Ce que disent les sondages : un instantané commandé par une marque
Les chiffres les plus cités viennent d’un sondage Ifop réalisé pour RougeGorge Lingerie, une marque : 1 003 personnes de 18 ans et plus, interrogées en ligne du 11 au 14 janvier 2016 (publication le 12 février 2016). Il faut donc lire « dans ce sondage » devant chaque chiffre qui suit.
Sur ce qui séduit en lingerie féminine, la dentelle arrive en tête avec 35 % (25 % des hommes, 43 % des femmes), devant le noir (20 %) et le déshabillé (15 %). Le porte-jarretelles séduit 14 % des hommes contre 9 % des femmes. Sur ce qu’on attend d’elle, les hommes placent la sensualité en premier (66 %), tandis que plus de sept femmes sur dix citent le confort. Quatre-vingt-un pour cent des répondants jugent la lingerie « un atout indispensable à la séduction » et 78 % estiment que son attention permet d’entretenir l’intimité d’un couple. Mais lorsqu’on demande ce qui rend un partenaire plus séduisant au quotidien, la lingerie n’est pas en tête : les hommes citent d’abord l’esprit en société (35 %), puis le fait de se déshabiller avant de se coucher (29 %) et les petits mots (22 %), et les femmes les petits mots (34 %) et l’esprit (30 %). Reçue en cadeau, la lingerie fait se sentir aimée 30 % des femmes interrogées et flattée 29 % ; la gêne (7 %) et la vexation (3 %) existent aussi.
Quelques chiffres complètent ce tableau. L’échantillon, représentatif des Français de 18 ans et plus, a été construit par quotas (sexe, âge, profession) et compte 52 % de femmes pour 48 % d’hommes ; le questionnaire était auto-administré en ligne. Parmi les femmes de moins de 35 ans, 59 % attendent de la sensualité de leur lingerie, contre 36 % des 35 ans et plus. Interrogés sur leur intention quand ils offrent de la lingerie, les hommes répondent : mettre en valeur la destinataire (28 %), entretenir l’intimité du couple (21 %), partager leur désir (14 %) ou leur amour (13 %). Côté opinions générales, 83 % des répondants jugent que le type de lingerie est révélateur de la personnalité et 59 % que le choix trahit les intentions. Mais seulement 54 % des femmes estiment que c’est à travers sa lingerie qu’on se sent séduisante, et 48 % des hommes que c’est à travers la lingerie de l’autre qu’on est séduit : moins de la moitié des hommes, donc, dans ce sondage.
Les écarts entre hommes et femmes sont réels mais modérés, et le sondage mesure ce que les gens disent, pas ce qu’ils font. Aucun des deux sexes ne place la lingerie en tête de ce qui séduit. Notre article sur les sondages donne les chiffres complets, et le rapport de l’Ifop, publié sur le site de l’institut, permet de les vérifier.
Ce que l’histoire et les images ont fabriqué
Le regard sur la lingerie est aussi une production. Roy Raymond ouvre Victoria’s Secret en 1977 à Palo Alto, en Californie, et raconte avoir voulu créer un lieu où les hommes se sentent à l’aise après avoir été gênés d’acheter de la lingerie pour leur femme en grand magasin : c’est son récit, repris par la presse, et nous le donnons comme tel. En 1982, il vend l’entreprise à Leslie Wexner pour environ un million de dollars ; sous Wexner, la marque devient une enseigne de masse, avec 670 boutiques et 1,9 milliard de dollars de ventes en 1995, selon Slate. Le client visé passe de l’homme embarrassé à la cliente elle-même, comme le raconte l’article sur Victoria’s Secret.
Le contexte aide à comprendre l’idée. Selon Slate, dans les années 1950 et 1960, le sous-vêtement féminin américain est pensé pour le pratique et la durabilité, et la lingerie sensuelle est réservée au trousseau de noces ou à une nuit d’anniversaire. Raymond imagine un boudoir victorien, avec du bois sombre, des tapis d’Orient et des tentures de soie, et choisit le prénom « Victoria » pour évoquer la respectabilité de l’ère victorienne : un extérieur raffiné, des « secrets » cachés dessous. En 1977, avec 80 000 dollars d’économies et de prêts familiaux, il loue avec sa femme un local dans un petit centre commercial de Palo Alto. Dans les cinq ans, il ouvre trois autres boutiques à San Francisco et son catalogue touche des clientes de tout le pays ; en 1982, le chiffre d’affaires dépasse 4 millions de dollars par an, mais l’entreprise est proche de la faillite, selon Trading Up (Michael Silverstein et Neil Fiske), cité par Slate.
Leslie Wexner, qui a ouvert son premier magasin en 1963, découvre la boutique à San Francisco. Il le raconte à Newsweek en 2010, d’après Slate : « It was a small store, and it was Victorian — not English Victorian, but brothel Victorian with red velvet sofas […] But there was very sexy lingerie, and I hadn’t seen anything like it in the U.S. » (une petite boutique victorienne, non pas à l’anglaise mais « victorienne de maison close », avec des canapés de velours rouge, mais une lingerie très sexy, jamais vue aux États-Unis ; traduction libre). Son diagnostic, toujours selon Slate : en visant les hommes, Raymond n’avait pas attiré beaucoup de clientes, et les femmes y étaient aussi mal à l’aise que Raymond dans son grand magasin éclairé au néon. Sous Wexner, le décor change : un style britannique « aspirationnel » avec des présentoirs dorés, des imprimés floraux et de la musique classique, une adresse londonienne inventée (10 Margaret Street) alors que le siège est à Columbus, des mannequins « sorties des pages de Vogue ou de Glamour », et un thème de boudoir anglais abandonné vers 2000.
Le cinéma américain a lui aussi organisé ce qu’on pouvait voir. Le Code de production dit « Code Hays » est adopté en 1930 par l’association des producteurs, mais ne devient réellement contraignant qu’en 1934, avec la Production Code Administration de Joseph Breen. Son texte, que nous avons lu, pose que « Nudity is never permitted. Semi-nudity may be permitted under conditions. » et que les parties les plus intimes du corps ne doivent jamais être découvertes, ni couvertes d’une matière transparente ou translucide, ni « clearly and unmistakably outlined by the garment ». La question de la lingerie à l’écran se joue dans ces clauses, détaillées dans l’article sur le Code Hays ; le texte du Code est en ligne.
Le Code est rédigé surtout par le jésuite Daniel A. Lord et l’éditeur catholique Martin Quigley, et Breen le dirige jusqu’au début des années 1950. Trois autres clauses, citées littéralement, touchent directement à la lingerie à l’écran :
- Pour les parties du corps moins intimes (jambes, bras, épaules, dos) : « Exposure necessary for the plot or action is permitted. Exposure for the sake of exposure or the “punch” is wrong. »
- Pour le déshabillage : « Scenes of undressing should be avoided. » Si le récit l’exige, elles doivent rester dans les limites de la décence.
- Dans la section « Sex » : « Excessive and lustful kissing, lustful embraces, suggestive postures and gestures, are not to be shown. »
Le Code a eu son cas d’école avec Jane Russell. Pour The Outlaw de Howard Hughes, tourné en 1940-1941, Joseph Breen déclare fin mars 1941 que le film ne recevra pas de certificat, notamment pour des plans où les seins du personnage de Rio ne sont pas « fully covered » ; après une longue liste de coupes, environ 40 pieds de pellicule, il approuve le film à la fin mai 1941, selon le catalogue de l’American Film Institute. Hughes sort le film à San Francisco le 5 février 1943 ; la Legion of Decency le condamne, des affiches sont retirées, et Hughes retire le film à la fin de l’exploitation, avant de le ressortir en 1946. Le 6 septembre 1946, Breen annonce la révocation du certificat parce que Hughes refuse de soumettre toute sa publicité ; il sera rétabli à la fin d’octobre 1949, après de nouvelles modifications. La sanction visait donc la publicité, pas le film. Le Code lui-même est modifié en 1938, 1939 et 1940, puis révisé en 1956, et le système de classification de la MPAA (G, M, R, X au départ) est adopté officiellement le 1er novembre 1968.
Dans les magazines, Esquire remplace George Petty par Alberto Vargas en 1940, et le directeur donne à la série le nom de « Varga » ; en 1943, l’administration postale accuse la revue d’obscénité, selon encyclopedia.com. Vargas travaillera ensuite pour Playboy à partir du milieu des années 1950 : des hommes dessinent, pour un public d’hommes, des femmes en jupon ou en nuisette (la pin-up, ses dessinateurs et leurs limites).
Cette image a pesé pendant la guerre. Selon la notice d’encyclopedia.com, la Varga Girl est devenue un « soutien du moral » majeur pendant la Seconde Guerre mondiale, et l’article cite Jamie Malanowski : son image « hung in billets and on bulkheads, was unfolded in foxholes, and was lovingly imitated on fuselages throughout Europe and the Pacific ». La querelle postale est plus longue que le résumé de 1943. D’après Cecilia Ringo, dans un travail d’étudiante du Kalamazoo College, le ministère des Postes harcèle au printemps 1942 le rédacteur en chef Arnold Gingrich, qui doit se rendre chaque mois à Washington pour faire approuver le contenu ; en octobre 1943, une audition se tient devant un comité de sous-directeurs des Postes ; le 14 novembre 1943, le comité vote en faveur d’Esquire, mais le Postmaster General Walker annule la décision, ce qui ouvre trois ans de procédures jusqu’à la Cour suprême. Esquire a fait citer 38 témoins de moralité et produit plus de 1 000 pages de témoignages.
Gil Elvgren (1914-1980) a peint des illustrations de calendrier pour Brown & Bigelow de 1945 à 1972, plus de 400 images selon le Chicago Tribune. Son fils raconte qu’il disait : « You find me a cute face, I can fix the rest ». Contrairement à Petty et Vargas, qui avaient une audience mensuelle de magazine, ses modèles paraissaient surtout dans les calendriers. L’historien de la pin-up Greg Theakston juge, et c’est un avis, que Petty et Vargas « only drew figures » alors qu’Elvgren « created an entire scene ».
La peinture avait ouvert la voie. Le Louvre conserve La Chemise enlevée, attribuée à Fragonard, une huile ovale de 35 × 42,5 cm datée vers 1770, et la notice la décrit comme le pendant du Feu aux poudres ; la fiche du Louvre en donne les références. Les Harvard Art Museums conservent le portrait de Madame de Pompadour à sa toilette par Boucher (1750), et le musée d’Orsay pastel de Degas Femme à sa toilette essuyant son pied gauche (1886). Dans ces œuvres, le linge organise le regard ; l’article sur la chemise, le boudoir et le peintre montre comment, en nommant ce que les musées disent et rien de plus.
Les musées donnent des précisions utiles. Le Louvre indique que La Chemise enlevée (inventaire MI 1057) a été peinte avant 1778, vendue à Paris à la vente Gros le 13 avril 1778 (n° 57) comme l’un de deux tableaux formant pendant, puis conservée dans la collection de Louis La Caze avant 1860 et léguée au Louvre en 1869 ; son pendant est Le Feu aux poudres. La fiche mentionne aussi la rubrique « école de » : le Louvre la donne à Fragonard avec cette réserve, d’où notre « attribuée à ». Au Philadelphia Museum of Art, Interior de Degas (huile, 1868 ou 1869) montre une scène que les chercheurs ont rattachée à des romans de Zola sans qu’aucun ne corresponde exactement ; le musée note que le corset jeté, la boîte à couture ouverte et le chapeau d’homme restent inexpliqués. Nous ne prêtons à aucun historien de l’art une thèse que nous n’avons pas lue : les ouvrages de référence existent (Mary D. Sheriff, Fragonard: Art and Eroticism, University of Chicago Press, 1990 ; Carol Armstrong, Odd Man Out, University of Chicago Press, 1991), mais nous ne les résumons pas.
Enfin, une dernière date en une ligne : le nylon est présenté par DuPont à l’Exposition universelle de New York en 1939, et les bas sont mis en vente nationale le 15 mai 1940, avec quatre millions de paires vendues en quatre jours, selon le Smithsonian Magazine.
Pour le couple : ce que l’on peut dire, et où aller ensuite
Que garder de tout cela pour la vie à deux ? Trois choses :
- L’attention portée à la tenue est dans l’air du temps, et la majorité des personnes interrogées par l’Ifop juge qu’elle aide à entretenir l’intimité, mais les mêmes personnes citent l’esprit, les petits mots et la complicité avant la lingerie.
- Une lingerie jugée sexy va avec plus de désir chez les Américaines de l’enquête de 2020, sans que le sens de la causalité soit connu.
- Aucune expérience ne démontre que la lingerie « fait » quelque chose au regard masculin : c’est une rencontre entre deux personnes, pas un mécanisme.
Pour le regard lui-même, plusieurs sites du réseau prolongent la réflexion avec leurs propres angles. Charisme-seduction.fr a un guide sur le regard du séducteur, et stop-timidite.fr explique ce que le contact visuel communique vraiment ; mondesensuel.fr retrace, de son côté, tout ce que les cultures ont inventé pour souligner le regard. Sur la psychologie de l’attirance, conseil-seduction.fr propose un point sur les neurosciences de l’attirance, et femme-amour-seduction-homme.fr s’adresse à lui pour comprendre la psychologie du désir féminin. Pour une version plus littéraire, lesliaisonsdangereuses.fr détaille l’élégance féminine selon Merteuil. Et si l’envie est de choisir, offrir ou porter, la section Séduire de lingerie-sensuelle.fr rassemble des conseils concrets sur la lingerie et la séduction.
Ce que cette page ne fait pas : elle ne donne pas de recette, ne classe pas ce que « les hommes » ou « les femmes » préféreraient, et ne promet aucun effet. Elle propose un cadre pour lire les affirmations qu’on croise ailleurs : combien de personnes interrogées, quel commanditaire, quelle date, quelle réplication. Pour la lecture sociale de ces débats, voir Lingerie et société.
Questions fréquentes
La lingerie agit-elle sur le regard des hommes ?
Aucune étude retrouvée ne mesure directement l'effet de la lingerie féminine sur le regard masculin. Les expériences existantes portent sur des sujets voisins (corps nus et vêtus, couleur rouge, posture suggestive), avec des résultats limités et parfois contestés.
Les hommes préfèrent-ils la dentelle ?
Dans un sondage Ifop de janvier 2016 réalisé auprès de 1 003 personnes et commandé par RougeGorge Lingerie, la dentelle arrive en tête des éléments jugés séduisants (35 % de l'échantillon), citée par 25 % des hommes et 43 % des femmes. C'est un instantané d'opinion, pas une loi.
Le rouge rend-il plus attirant ?
Une étude fondatrice de 2008 le disait, mais ses cinq expériences comptaient de 23 à 37 participants. Une méta-analyse de 2018 trouve un effet petit (d = 0,26 chez les hommes évaluant des femmes), plus faible dans les études préenregistrées. Une étude de 2012 sur le sujet a été rétractée en 2023.
Porter de la lingerie améliore-t-il la vie de couple ?
Une enquête de 2020 auprès de 353 Américaines en couple relie une lingerie jugée plus sexy à plus de désir, d'excitation et de satisfaction. C'est une corrélation auto-déclarée, qui ne dit pas ce qui cause quoi.
Porter de la lingerie augmente-t-il l'estime de soi ?
Nous n'avons pas trouvé d'expérience randomisée qui le démontre. Une étude qualitative de 2016 porte sur les discours des femmes dans un cadre postféministe, pas sur une mesure d'estime de soi.