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La Lingerie
Femme en bralette de dentelle ivoire et robe de soie nouée à la taille, debout dans une chambre claire près d'un paravent de bois
Ce qu'on cache, ce qu'on laisse deviner : la pudeur se négocie vêtement par vêtement.

La pudeur est-elle une invention ? Ce qu'en disent Elias et Duerr

XXe siècle (controverse), du Moyen Âge au XIXe siècle (objet), Europe occidentale

Construction historique pour Elias, constante humaine pour Duerr : leurs thèses sur la pudeur, la critique de Mennell et le test de la lingerie.

La pudeur n’est pas simplement « inventée », si inventer signifie fabriquer arbitrairement un sentiment qui n’existait pas. Ses seuils et ses formes peuvent pourtant avoir une histoire. C’est ce que décrit Norbert Elias : certains comportements deviennent peu à peu sources de honte ou de gêne, tandis que des contraintes extérieures se changent en autocontrôle. Hans Peter Duerr lui oppose la présence, selon lui, de la honte devant la nudité dans des sociétés très diverses. Aucun vainqueur ne sera proclamé : la controverse reste ouverte.

« Construction » ne veut pas dire irréalité ; « constante humaine » ne veut pas dire immobilité des codes. Il faut donc regarder le mécanisme au ras des conduites, en quatre temps :

  • les scènes de table et de sommeil rapportées par la notice ;
  • l’intériorisation décrite par Elias ;
  • l’objection de Duerr ;
  • la réplique de Stephen Mennell.

Ce détour évite de confondre histoire des normes et progrès moral.

Reste notre déplacement éditorial. Elias ne parle pas de lingerie. Nous demandons seulement ce qu’un objet qui cache tout en laissant deviner fait apparaître dans ce débat. Notre hypothèse est que la lingerie donne à voir une pudeur négociée, ni pure nature ni pure invention. Lire les dessous d’une époque impose alors de retrouver ses seuils de gêne, plutôt que de lui prêter les nôtres.

Elias fait de la pudeur un seuil qui se déplace

Norbert Elias écrit Über den Prozeß der Zivilisation en Angleterre, où il s’est exilé en 1935 ; l’ouvrage paraît à Bâle en 1939. Il passe alors presque inaperçu. Sa réédition en Allemagne en 1969, puis sa parution en poche en 1976, lui donnent sa notoriété. Ce parcours éditorial, ainsi que l’architecture du livre, sont retracés par la notice Wikipédia consacrée à l’ouvrage. Ses deux parties ont été publiées séparément en français sous les titres La Civilisation des mœurs et La Dynamique de l’Occident.

Selon cette notice, Elias travaille à partir de traités de savoir-vivre, ou de civilité, consultés à la British Library à la fin des années 1930. Il ne prend donc pas la pudeur comme une essence isolée, mais suit l’évolution du contenu de textes qui prescrivent des conduites. Le détail des consignes et leur reformulation lui donnent accès, indirectement, aux limites mouvantes de l’acceptable. Ce matériau normatif montre ce qu’il fallait apprendre à ne plus faire ou tolérer chez autrui.

Elias nomme ainsi le déplacement du « seuil de pudeur » (Schamschwelle) et du « seuil de gêne » (Peinlichkeitsschwelle). Au fil des siècles, un nombre croissant de comportements deviennent sources de honte ou de gêne, d’abord lorsqu’on les accomplit soi-même, puis lorsqu’on les observe chez les autres. Le seuil désigne donc la frontière sensible à partir de laquelle une conduite est ressentie comme honteuse ou gênante. Cette frontière se déplace historiquement ; elle ne surgit pas d’un coup après des siècles qui auraient ignoré tout sentiment de pudeur. La proposition d’Elias n’est pas que les modernes seraient plus moraux, mais que le domaine de la gêne s’est transformé.

Une chronologie des objets ne raconte pas automatiquement cette histoire des sensibilités. Notre histoire de la lingerie, de Rome à aujourd’hui, offre une chronologie parallèle : elle ordonne des objets dans le temps, tandis qu’Elias cherche le mouvement des seuils. Les deux lignes peuvent se croiser, mais elles ne se prouvent pas l’une par l’autre. Confondre les deux reviendrait à prendre un changement d’objet pour la mesure d’un changement de pudeur.

À table et pendant le sommeil, la gêne change de territoire

Les exemples retenus par Elias ont une matérialité presque triviale : une nappe, une fourchette, une pièce où l’on dort. Leur intérêt est de montrer comment une norme s’attache aux gestes ordinaires. Notre article sur les dessous médiévaux offre un repère distinct sur les objets portés sous le vêtement ; il ne prouve pas le modèle d’Elias.

Des prescriptions répétées jusqu’à devenir autocontrôle

  • 1. Prescrire et équiper la table. Selon le résumé de la notice, les manuels médiévaux recommandent de ne pas cracher à table, de ne pas s’y curer le nez et de s’essuyer les doigts dans la nappe plutôt que sur ses vêtements. La fourchette, les assiettes et les verres individuels accompagnent ensuite les progrès de la civilité. Pour Elias, les règles d’hygiène ne sont que des justifications a posteriori des règles de savoir-vivre.

  • 2. Soustraire le sommeil aux regards. Selon le même résumé, hommes et femmes dorment nus dans une même pièce au Moyen Âge. Avec l’élévation du seuil de pudeur, le sommeil est repoussé dans la sphère intime, tandis que la chemise de nuit cache la nudité. La gêne ne porte donc pas seulement sur un corps : elle redéfinit les lieux et les conditions dans lesquels il peut être vu.

  • 3. Faire circuler les manières. Selon la notice, l’émulation entre bourgeoisie et noblesse pousse la noblesse à se différencier par une régulation plus forte des fonctions naturelles. Les manières élaborées par l’aristocratie se diffusent ensuite, par la bourgeoisie, au reste de la société. La distinction sociale précède ici l’évidence du comportement convenable.

  • 4. Faire de la contrainte un autocontrôle. Le mouvement va des contraintes extérieures (Fremdzwänge) aux contraintes intériorisées (Selbstzwänge). Elias écrit : « Auf diese Weise vollzieht sich also der geschichtlich-gesellschaftliche Prozess von Jahrhunderten, in dessen Verlauf der Standard der Scham- und Peinlichkeitsgefühle langsam vorrückt, in dem einzelnen Menschen in abgekürzter Form von neuem. » Nous traduisons : « De cette manière s’accomplit donc à nouveau, sous une forme abrégée, dans chaque individu, le processus historico-social de plusieurs siècles au cours duquel le niveau des sentiments de pudeur et de gêne avance lentement » (notre traduction, d’après l’édition Suhrkamp 1976, t. I, p. 174).

L’histoire de la culotte apporte un autre repère sur les objets portés dessous. Elle permet de garder séparées la succession des formes et l’histoire des seuils sensibles. Ici encore, ce rapprochement oriente la lecture ; il ne vaut pas comme preuve de la théorie d’Elias.

Duerr conteste l’idée d’une pudeur produite par l’Occident moderne

Une constante humaine dont les formes restent variables

Hans Peter Duerr, anthropologue allemand né en 1943, a été professeur d’anthropologie et d’histoire culturelle à l’université de Brême. Il publie en plusieurs volumes Der Mythos vom Zivilisationsprozeß, une contestation du modèle d’Elias. Le premier tome, Nacktheit und Scham, paraît chez Suhrkamp en 1988. Il est traduit par Véronique Bodin sous le titre Nudité et pudeur. Le mythe du processus de civilisation, puis publié aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme en 1998.

Femme en lingerie de dentelle noire sous un peignoir blanc, à moitié cachée derrière un paravent de papier blanc
Un paravent, un peignoir : la gêne se règle avec très peu de tissu.

Le propos est moins de nier les différences historiques que de contester le récit de leur apparition. Selon Duerr, la honte devant la nudité n’est pas une invention de la modernité occidentale : elle apparaît dans des sociétés très diverses, sous des formes variables. Elias aurait généralisé à partir de sources non représentatives. Le compte rendu de Jean-Hugues Déchaux dans la Revue française de sociologie éclaire en 2001 cette entreprise critique sans clore le différend.

L’objection vise directement le passage des contraintes extérieures à l’autocontrôle. D’après Ledent, cité par la notice, Duerr soutient que « l’intériorisation du contrôle social n’est pas une spécificité de la dynamique civilisationnelle de l’Occident, mais une catégorie universelle de l’esprit humain, (…) un effet du processus de rationalisation de règles implicites qui existent dans toute culture ». Si ces règles existent dans toute culture, leur mise en forme historique demeure variable : constante ne signifie donc pas uniformité.

Cette critique rejoint les reproches d’évolutionnisme et d’ethnocentrisme adressés à Elias. Celui-ci répond que son modèle n’est pas téléologique et ne porte aucun jugement de valeur. Le déplacement des seuils ne prétend donc pas établir que les modernes seraient plus moraux ; il décrit une transformation des sensibilités. Duerr déplace ainsi la question : il ne s’agit plus de savoir quand la pudeur a commencé, mais comment des règles présentes dans toute culture prennent des formes historiques.

Le tableau du désaccord laisse la controverse ouverte

Mettre Elias et Duerr face à face ne revient pas à choisir entre l’histoire et l’anthropologie. Le premier construit un modèle de transformation des sensibilités ; le second conteste que l’Occident moderne ait produit la honte devant la nudité. Leur divergence porte sur les matériaux retenus, leur portée et ce qu’une théorie doit expliquer. Le tableau distingue les positions sans confondre variabilité de la pudeur et absence de continuité humaine.

Point de comparaison Elias Duerr
Thèse Déplacement historique des seuils de pudeur et de gêne ; passage de contraintes extérieures à des contraintes intériorisées. La honte devant la nudité existe dans des sociétés très diverses, sous des formes variables ; elle n’est pas une invention de la modernité occidentale.
Terrain Traités de civilité et évolution de leurs prescriptions, selon la notice. Sociétés très diverses, sans qu’une culture particulière soit détaillée ici.
Ce que l’approche explique Transformation de ce qui devient gênant, à mesure que les seuils se déplacent. Permanence d’un contrôle social au-delà de la modernité occidentale.
Reproche qui lui est adressé Ethnocentrisme et évolutionnisme ; selon Duerr, généralisation à partir de sources non représentatives. Critique du modèle d’Elias sans proposition d’un modèle alternatif.

Selon la notice, Stephen Mennell, ancien étudiant d’Elias, reproche à Duerr de critiquer le modèle sans en proposer un autre. Son objection tient dans la formule « qu’une théorie ne peut être remplacée que par une autre théorie ». La remarque pointe une difficulté réelle : contester la portée d’une explication ne livre pas encore le mécanisme qui devrait la remplacer. Elle ne transforme pourtant ni Elias en vainqueur, ni Duerr en simple contradicteur : elle fixe une exigence de théorie.

Le différend reste ouvert : l’un décrit une trajectoire historique des seuils, l’autre un contrôle universel aux formes changeantes. Rien n’autorise ici à convertir cette opposition en verdict. Comme lecture voisine, cette page de Mondesensuel sur le vêtement intime complète le propos par une approche culturelle de l’objet.

Notre transposition : la lingerie met le code de pudeur à l’épreuve

La chemise de nuit, point de contact limité

Elias ne parle ici ni des sous-vêtements ni de la lingerie. La limite doit être posée avant toute transposition, car son modèle risque sinon d’être enrôlé pour un objet qu’il ne traite pas. Selon le résumé que donne la notice, le sommeil est progressivement repoussé vers la sphère intime, tandis que la nudité est cachée par la chemise de nuit. Ce vêtement constitue notre seul point de contact, et non la preuve qu’Elias aurait formulé une théorie des dessous.

La question est donc plus étroite : qu’ajoute au débat un objet qui cache le corps tout en laissant comprendre qu’il est caché ? Le cadre du voilé et du dévoilé permet de ne pas réduire cet objet à une barrière posée sur la peau. Il attire l’attention sur un rapport : ce qui est soustrait au regard peut encore être signalé comme tel.

Femme en chemise de nuit de coton blanc ouvrant une grande armoire de bois dans une chambre lumineuse
Une chemise de nuit : le vêtement que la notice de l'ouvrage d'Elias associe à l'élévation du seuil de pudeur.

Notre hypothèse éditoriale tient là : la lingerie est un bon test de la pudeur parce qu’elle en matérialise la négociation. Elle distribue ce qui peut être montré, ce qui doit rester couvert et ce qui peut seulement être suggéré. Ce partage prend la forme d’un vêtement, d’une limite rendue perceptible. La pudeur apparaît alors moins comme une substance que comme un code dont les signes doivent pouvoir être lus.

Ce test ne prouve ni que la pudeur serait une pure invention historique, ni qu’elle relèverait d’une nature immuable. Il donne plutôt à observer comment une disposition humaine possible reçoit des formes, des limites et des signes socialement lisibles. Nous avançons ici une hypothèse de lecture propre au site, pas un développement du modèle d’Elias ni une validation de l’objection de Duerr. Leur désaccord est transposé vers un objet qu’ils ne traitent pas ici.

L’article sur l’intermittence du vêtement prolonge cette question : le vêtement n’y sépare pas simplement le visible de l’invisible. Cette piste ne donne à Barthes aucun rôle dans la controverse entre Elias et Duerr. Elle déplace seulement l’attention vers l’intervalle : la lingerie cache, mais le fait même de cacher devient un signe.

Les dessous bourgeois montrent le prix matériel d’un code

Pour mesurer ce que notre transposition engage matériellement, Philippe Perrot offre un point d’appui sur le vêtement bourgeois : Les Dessus et les Dessous de la bourgeoisie. Une histoire du vêtement au XIXe siècle, publié chez Fayard en 1981. Nous l’utilisons ici à travers le compte rendu du Monde du 26 juin 1981, qui expose le contraste entre discipline vestimentaire et rationalité économique. Selon ce compte rendu, les hommes et les femmes de la « bonne société » sont « engoncés dans leurs cols durs, torturés par leurs plastrons, suppliciées dans leurs corsets ». Ils acceptent de souffrir, jusqu’à risquer la maladie ou la mort, à rebours de « l’idée même de rationalité » qui gouverne leurs placements.

Le contraste est mordant : ceux dont les placements obéissent à un calcul rationnel acceptent que l’habillement impose une autre comptabilité, faite de souffrance et de risques. Un code vestimentaire n’est donc pas une idée suspendue au-dessus des pratiques. Il serre les corps, ordonne les apparences et fait payer son autorité. Cette efficacité sociale ne le transforme pourtant pas en nécessité naturelle.

L’article sur le corset au XIXe siècle ouvre le versant médical et moral de cette contrainte, sans ajouter ici une autre pièce à la démonstration. Ce qui nous retient chez Perrot, à travers le regard du critique, est plus circonscrit : le dessous rend un code tangible. Il fait apparaître une pudeur négociée sous contrainte, inscrite dans des formes vestimentaires dont les coûts corporels peuvent l’emporter sur le calcul rationnel. Le vêtement ne se contente plus de signifier une limite ; il en fait porter la charge.

Mais comment lire cette charge sans décider d’avance de son origine ? Ces contraintes matérielles donnent-elles corps au déplacement des seuils décrit par Elias, lorsque la règle collective finit par devenir autocontrainte ? Ou confirment-elles plutôt l’objection de Duerr : des règles implicites durables existent, tandis que leurs formes et leur rationalisation varient selon les cultures ? Les dessous bourgeois du XIXe siècle gardent les deux lectures ouvertes : ils montrent la force du code, non son acte de naissance.

Lire les dessous d’une époque oblige à retrouver ses seuils

Un dessous ancien ne livre pas spontanément son degré de pudeur. Le juger avec nos réflexes présents effacerait la frontière qu’il matérialisait entre ce qui pouvait paraître et ce qui devait rester caché. Il faut demander où l’objet devenait visible, devant qui, et quel regard donnait sens à cette visibilité. L’objet cesse alors d’être pudique ou audacieux « en soi ».

Elias invite à suivre le déplacement des seuils de pudeur et de gêne, puis le passage des contraintes extérieures aux autocontraintes. Duerr objecte que la honte devant la nudité ne naît pas avec la modernité occidentale et que des règles implicites existent dans toute culture. Sa critique met en garde contre une chronologie occidentale érigée en origine universelle ; Stephen Mennell rappelle toutefois qu’elle ne fournit pas de modèle alternatif. La controverse interdit ainsi deux facilités : naturaliser nos réactions ou réduire toute règle à une convention arbitraire.

Notre position éditoriale tient dans cette tension, sans se faire passer pour un résultat savant. La lingerie nous paraît être un code négocié, ni pure nature ni pure invention : elle organise ce qui se cache et ce qui se devine, selon des frontières changeantes. C’est une hypothèse de lecture, à garder liée aux objets et à leur fabrication ; l’histoire des lingères et corsetières rappelle cette exigence, sans décider la controverse. Lire des dessous, c’est chercher la règle qui les rendait pudiques, audacieux ou ordinaires, non leur prêter la nôtre.

Questions fréquentes

Elias considère-t-il les modernes comme plus moraux ?

Non. Sa théorie, telle qu'elle est présentée ici, ne classe pas les époques selon leur valeur morale. Elle décrit le déplacement de ce qui provoque honte ou gêne, à mesure que des contraintes d'abord extérieures deviennent des formes d'autocontrôle.

Quand l'ouvrage majeur d'Elias a-t-il acquis sa notoriété ?

*Über den Prozeß der Zivilisation* paraît à Bâle en 1939, après avoir été écrit en Angleterre. Presque inaperçu d'abord, l'ouvrage est réédité en Allemagne en 1969 puis en poche en 1976, étapes qui lui donnent sa notoriété.

Sur quelles sources Elias appuie-t-il son analyse des manières ?

Selon la notice de l'ouvrage, Elias s'appuie notamment sur des traités de savoir-vivre consultés à la British Library à la fin des années 1930. L'évolution de leurs prescriptions lui sert à suivre le déplacement des normes de civilité, de honte et de gêne.

Que reproche Duerr à Elias ?

Selon Duerr, la honte devant la nudité n'est pas une invention de la modernité occidentale : elle existe dans des sociétés très diverses. Elias aurait généralisé à partir de sources non représentatives. Stephen Mennell répond qu'une théorie ne se remplace que par une autre théorie.

Elias a-t-il consacré son analyse à la lingerie ?

Non. Elias ne traite ni des sous-vêtements ni de la lingerie. Le point le plus proche est, selon le résumé de la notice, la chemise de nuit qui cache la nudité lorsque le sommeil est repoussé dans la sphère intime. Notre lecture de la lingerie reste donc une transposition.