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La Lingerie
Femme en soutien-gorge de dentelle noire sous un peignoir de soie crème entrouvert, assise au bord d'un lit devant de grands voilages clairs
Ce que le cerveau enregistre devant un corps n'est pas ce que l'on appelle le désir.

La lingerie trouble-t-elle plus que la nudité ? Ce qu'on a mesuré

Nudité, lingerie, posture : les études sur la N170 mesurent l'attention et l'objectification, mais ne disent pas si la lingerie trouble plus que la nudité.

Les expériences retrouvées ne permettent pas de répondre oui. Chez Hietanen et Nummenmaa, la N170 — marqueur d’un traitement visuel précoce — est plus ample devant des corps nus que devant des corps vêtus ; les auteurs relèvent aussi une excitation affective plus forte. Chez Bernard et al., ce n’est pas la quantité de peau visible, mais la suggestivité de la posture qui entraîne l’objectification cognitive. Or nous n’avons trouvé aucune étude comparant la même personne en lingerie puis nue, avec un jugement d’attrait. Le trouble supérieur de la lingerie reste donc une hypothèse, pas un résultat.

La question résiste pourtant, car l’entre-deux possède une force intuitive : ce qui se montre en se dérobant semble parfois retenir davantage le regard que ce qui s’offre sans intervalle. Barthes en donne l’image dans Le Plaisir du texte : « L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement bâille ? » Mais Barthes parle de lecture ; nous transposons. Cette « apparition-disparition » est une proposition littéraire, nullement une expérience sur la lingerie.

Tout dépend alors du verbe troubler. Une réaction cérébrale précoce n’est ni un jugement d’attrait ni une déclaration de désir. L’excitation affective n’est pas davantage l’objectification cognitive. Les confondre fabrique une réponse binaire séduisante — lingerie ou nudité — au prix de ce que les mesures disent réellement.

Pourquoi l’entre-deux paraît-il plus troublant ?

Barthes parle de lecture

« L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement bâille ? » La phrase de Roland Barthes, dans Le Plaisir du texte, a la netteté d’une réponse, mais demeure une question. Son objet est le plaisir textuel : Barthes décrit l’« intermittence » d’une peau qui apparaît entre deux bords, cette mise en scène d’une apparition-disparition. Notre lecture de là où le vêtement bâille doit conserver cette précaution : l’image concerne d’abord la lecture, non une réaction mesurée devant un corps.

Sa comparaison séduit parce qu’elle donne une forme précise à une intuition ordinaire. Ce qui reste partiellement dérobé peut sembler maintenir une attente que la nudité dissiperait. Mais une phrase capable de nommer une impression ne la transforme pas en résultat scientifique ; elle ne mesure ni l’attention, ni l’excitation, ni l’attrait.

La lingerie comme transposition

C’est donc nous qui déplaçons l’image de Barthes vers la lingerie. Celle-ci peut matérialiser le jeu du voilé et du dévoilé : elle couvre, cadre le regard et rend la limite visible. Cette philosophie de la lingerie éclaire la puissance symbolique de l’entre-deux, entre pudeur et désir, mais elle ne décide pas de l’intensité d’une réaction. Le passage de la métaphore au cerveau exige une expérience, des stimuli comparables et une mesure définie ; aucun éclat de style ne dispense de cette discipline.

Le vêtement intime porte aussi des fonctions et des contraintes qui débordent largement la séduction. La page « Vêtement intime : soutenir, contraindre ou draper » en propose une histoire et une anthropologie ; elle intervient ici comme prolongement documentaire, non comme démonstration d’un trouble supérieur. La transposition barthésienne explique ainsi pourquoi la question paraît plausible avant même toute mesure. Elle ne prouve pas que la lingerie l’emporte sur la nudité : elle révèle surtout combien une comparaison littéraire peut orienter l’attente adressée aux expériences.

La N170 met la nudité en tête — mais de quoi ?

Hietanen et Nummenmaa publient en 2011, dans PLOS ONE, 6(11), e24408, deux expériences d’électroencéphalographie consacrées au traitement visuel des corps. Leur variable centrale, la N170, est une composante de la réponse cérébrale associée à un traitement visuel précoce. Elle indique qu’une catégorie d’images suscite une réponse plus ample à ce stade ; elle ne distribue ni notes d’attrait ni certificats de désir. C’est toute la différence entre ce qui retient rapidement le cerveau et ce qui plaît à une personne.

Un maillot dessiné sur des photographies de nus

La première expérience réunit 15 volontaires, tous des hommes, âgés de 20 à 47 ans, avec un âge moyen de 28,27 ans. Ils regardent des images en couleur de visages, de corps nus, de corps en maillot de bain et de voitures ; la tête des corps est masquée. Pour que la posture reste strictement identique entre les conditions, les chercheurs dessinent un maillot noir sur les photographies de corps nus, comme le précise l’article de Hietanen et Nummenmaa.

Le procédé a une qualité expérimentale nette : entre le nu et le maillot, la pose et le modèle ne changent pas. Mais son artifice fixe aussi la portée du résultat. Un aplat noir ajouté à une photographie n’est pas une pièce de lingerie, avec sa coupe, ses matières et les significations sociales qu’elle peut porter. Cette expérience compare donc des degrés de couverture, non la lingerie à la nudité.

Deux expériences aux compositions différentes

La deuxième expérience compte 32 volontaires, dont 16 femmes, âgés de 19 à 66 ans ; l’âge moyen est de 24,47 ans. Les images représentent cette fois des visages, des corps nus, des corps habillés et des voitures. Les modèles sont pour moitié féminins et pour moitié masculins ; nus ou habillés, ils se tiennent debout dans des postures de mannequin.

Les auteurs observent une N170 plus ample devant les corps nus que devant les corps habillés, que le corps soit de même sexe ou de sexe opposé à la personne qui regarde. L’amplitude croît de façon linéaire à mesure que le vêtement diminue : habillé, maillot de bain, nu. La réponse aux corps nus dépasse même celle enregistrée devant les visages. Sur cette mesure précise, l’entre-deux vestimentaire n’arrive donc pas en tête.

Une réaction précoce n’est pas une préférence

Les mesures autonomes et les auto-évaluations indiquent également que les corps nus sont affectivement plus excitants que les autres catégories. Hietanen et Nummenmaa interprètent l’amplification de la N170 comme reflétant probablement cette excitation affective. C’est leur lecture du signal, non une démonstration que la nudité serait toujours préférée. De même, les travaux demandant si le rouge rend plus attirant posent une question d’attrait qui ne se confond pas avec l’amplitude d’une réponse cérébrale précoce.

Femme en body de satin et dentelle ivoire, debout près de hauts voilages clairs, de trois quarts
Dentelle et voilage : le vêtement ne cache jamais tout, et c'est ce que les chercheurs ont du mal à mesurer.

Le dispositif comportait 21 électrodes, une densité que les auteurs jugent trop faible pour localiser précisément les sources cérébrales du signal. La N170 établit ici une hiérarchie de traitement visuel : le nu produit la réponse la plus forte. Elle ne révèle pas ce que les participants choisiraient, désireraient ou jugeraient le plus séduisant. Faire de cette onde une préférence reviendrait à demander à l’instrument une réponse qu’il n’a jamais été chargé de mesurer.

Chez Bernard et al., c’est la posture qui objectifie

L’étude de Bernard, Hanoteau, Gervais, Servais, Bertolone, Deltenre et Colin ne compare pas des degrés de séduction : elle examine la manière dont un corps est traité par la perception. Leur article, « Revealing Clothing Does Not Make the Object: ERP Evidences That Cognitive Objectification is Driven by Posture Suggestiveness, Not by Revealing Clothing », paraît dans Personality and Social Psychology Bulletin, 45(1), 16-36, mis en ligne le 7 juin 2018 et daté 2019. Le résumé indexé par PubMed expose trois expériences, mais n’en indique pas les effectifs. Nous n’en avancerons donc aucun.

L’effet d’inversion comme indicateur

Le dispositif montre des images de corps debout ou renversés pendant l’enregistrement de la N170. Une N170 plus grande face aux corps renversés constitue l’« effet d’inversion ». Lorsque cet effet disparaît, les auteurs y voient le signe d’un traitement moins configural et d’une objectification cognitive plus forte. Le raisonnement porte donc sur la forme du traitement perceptif, pas sur une déclaration des participants.

Cet indicateur est précis, mais son domaine est étroit. Il ne dit pas si l’image plaît, excite ou suscite du désir. L’objectification cognitive désigne ici le fait de traiter davantage le corps comme un objet, selon le critère expérimental de l’inversion. Transformer ce résultat en palmarès de l’attrait ferait glisser l’étude vers une question qu’elle n’a pas posée.

La peau découverte perd son rôle causal

Dans les trois expériences, le rapport entre peau découverte et vêtement n’est pas associé à l’objectification cognitive. Dans l’expérience 2, c’est la suggestivité de la posture qui en constitue le moteur. L’expérience 3 maintient ce résultat après contrôle de l’asymétrie du corps. Autrement dit, ni la surface visible ni le simple fait d’être plus ou moins couvert ne suffisent, dans ce protocole, à expliquer la disparition de l’effet d’inversion.

Le résultat interdit surtout un raccourci moral : montrer davantage de peau suffirait, à lui seul, à faire traiter une personne comme un objet. Se demander si la pudeur est une invention oblige à examiner la formation des normes ; l’expérience de Bernard et al. ne tranche pas cette question, mais elle empêche d’ériger la surface dénudée en cause automatique. Elle ne démontre rien, en revanche, sur le désir, l’excitation ou l’attrait. À ce stade, la posture suggestive explique l’indicateur d’objectification ; elle ne désigne pas ce qui trouble le plus.

Les deux expériences côte à côte

Un rapprochement brut serait trompeur : Hietanen et Nummenmaa classent l’intensité de réponses à plusieurs catégories d’images ; Bernard et al. cherchent les conditions d’un traitement moins configural du corps. Les premiers font varier l’habillement, les seconds distinguent quantité de peau et suggestivité de la posture. La question des goûts en matière de lingerie, chez les hommes et les femmes, relèverait encore d’un autre protocole.

Question étudiée Méthode et stimuli Mesure Résultat Limite de portée
Hietanen et Nummenmaa (2011) : le traitement visuel précoce varie-t-il avec l’habillement ? Deux expériences d’électroencéphalographie. Expérience 1 : 15 hommes ; visages, corps nus, mêmes nus munis d’un maillot noir dessiné, voitures. Expérience 2 : 32 volontaires, dont 16 femmes ; visages, corps nus ou habillés, voitures. Amplitude de la N170 ; mesures autonomes et auto-évaluations. La N170 est plus grande pour les nus que pour les corps habillés et augmente de façon linéaire d’habillé à maillot puis nu. Les nus sont aussi décrits comme plus excitants affectivement. Aucune lingerie, aucun jugement direct d’attrait. Les 21 électrodes ne permettent pas de localiser précisément les sources du signal.
Bernard et al. (2019) : qu’est-ce qui entraîne l’objectification cognitive ? Trois expériences ; corps debout ou renversés, vêtements plus ou moins révélateurs, postures plus ou moins suggestives. L’expérience 3 contrôle l’asymétrie du corps. Effet d’inversion de la N170 : son absence indique un traitement moins configural et une objectification cognitive plus forte. La suggestivité de la posture est associée à l’objectification ; le rapport peau découverte / vêtement ne l’est pas. Aucun résultat sur le désir ou l’attrait. Les effectifs ne figurent pas dans le résumé lu.

Les deux études utilisent donc le même signal cérébral, mais ne lui font pas répondre à la même question. Une mesure ne devient pas un sondage de préférence parce qu’elle est cérébrale.

L’épreuve manquante : lingerie contre nudité

Ce que les protocoles existants ne permettent pas de dire

Nous n’avons pas trouvé de test direct présentant la même personne en lingerie puis nue et demandant de juger son attrait. Cette comparaison serait nécessaire pour répondre au titre sans glisser d’une mesure à une autre. Les protocoles disponibles étudient le vêtement, la peau ou la posture ; aucun ne teste l’alternative exacte « lingerie ou nudité ? » sur l’attrait.

Chez Hietanen et Nummenmaa, la condition intermédiaire de l’expérience 1 est un maillot de bain noir dessiné sur une photographie de corps nu. Ce choix contrôle la posture, mais ne teste aucune lingerie. La variable principale est l’amplitude de la N170, marqueur de traitement visuel précoce. Elle indique ici une réaction plus grande au corps nu qu’au corps en maillot, non que le premier est jugé plus attirant. Avec 21 électrodes, les sources du signal ne peuvent en outre être localisées précisément.

Bernard et al. n’occupent pas davantage la case vide. Leur indicateur est l’effet d’inversion de la N170 : son absence signale un traitement moins configural et une objectification cognitive plus forte. Leurs trois expériences séparent le rapport peau découverte / vêtement de la suggestivité de la posture ; c’est cette dernière, et non la quantité de peau, qui entraîne l’objectification observée. Objectifier n’est pourtant ni préférer ni désirer.

L’attrait demeure la case vide

La réponse à la question du titre reste donc dissymétrique. Dans le protocole de Hietanen et Nummenmaa, la nudité produit la réaction perceptive précoce la plus forte ; les auteurs estiment que cette amplification reflète probablement une excitation affective. Mais aucune donnée retrouvée ne classe la lingerie et la nudité selon l’attrait. Passer de « réaction plus forte » à « attrait supérieur » ferait dire à la N170 ce qu’elle ne mesure pas.

Femme assise sur un fauteuil de velours, soutien-gorge et culotte de satin bleu nuit, une main sur l'accoudoir
Entre le vêtement entier et le corps nu, la lingerie occupe un territoire que peu d'expériences ont mesuré.

Cette distinction touche directement aux rapports entre hommes et femmes : quatre choses à ne pas confondre.

  • Remarquer davantage : la N170 plus ample devant les corps nus chez Hietanen et Nummenmaa.
  • S’activer affectivement : les mesures autonomes et les auto-évaluations des mêmes auteurs.
  • Objectifier : l’effet d’inversion de la N170, mesuré par Bernard et al.
  • Désirer : une donnée auto-déclarée, corrélée à la lingerie chez Craig et Gray, sans causalité démontrée.

Ces quatre mesures ne sont pas quatre formulations du même constat. Les confondre alimente les affirmations trop assurées sur ce que les hommes ou les femmes seraient supposés préférer. L’attrait demeure donc la case vide de cette comparaison.

Craig et Gray observent la lingerie dans le couple

353 déclarations, pas une expérience causale

Dans leur article de 2020 dans PLOS ONE, Craig et Gray examinent la lingerie non comme un stimulus isolé, mais comme un vêtement employé au sein du couple. Publiée dans PLOS ONE, 15(3), e0230112, l’étude interroge 353 Américaines de 25 à 45 ans engagées dans une relation de couple hétérosexuelle. Parmi elles, 88,7 % déclarent porter ou avoir porté de la lingerie. Ce chiffre décrit une pratique rapportée par les participantes, pas une conduite observée en laboratoire.

Les participantes jugent leurs sous-vêtements plus sexy les jours où elles s’attendent à un rapport : moyenne de 5,68 contre 3,87, avec p < 0,001. Une lingerie évaluée comme plus sexy est aussi corrélée à davantage de désir, d’excitation et de satisfaction. L’étude ne compare toutefois ni lingerie et nudité, ni les jugements de personnes placées devant le même corps.

L’enquête a trois traits qui limitent sa portée :

  • elle est transversale ;
  • elle est auto-déclarée ;
  • ses participantes ont été recrutées par les réseaux sociaux et par un panel Qualtrics.

Ce protocole repère des associations, mais ne peut établir que le vêtement produit le désir, l’excitation ou la satisfaction qu’on lui associe. Un sous-vêtement jugé plus sexy peut simplement accompagner une attente déjà présente : la corrélation ne constitue pas une preuve d’efficacité.

L’hypothèse d’une initiative accrue n’est d’ailleurs pas confirmée. De même, nous n’avons pas trouvé d’expérience randomisée montrant que porter de la lingerie augmente l’estime de soi. Cette lacune ne prouve pas l’absence d’effet ; elle interdit d’habiller une promesse psychologique avec l’autorité d’un résultat expérimental.

Un signal intime mesuré du côté de celles qui le portent

Le changement de perspective compte pourtant. Ici, l’étude ne place plus seulement un corps devant le regard d’un observateur : elle demande à celles qui portent le vêtement comment elles le qualifient et dans quelle situation relationnelle elles l’emploient. La lingerie apparaît alors comme un signal intime rapporté par les participantes, non comme une propriété visuelle dont le spectateur fixerait seul le sens. La question sort ainsi du seul face-à-face entre peau et cerveau.

L’histoire commerciale de Victoria’s Secret prolonge précisément cette question du regard mis en marché. Le commerce peut reprendre à son compte le scénario du vêtement, du couple et de celui qui regarde. Ce détour éditorial n’ajoute cependant aucun résultat à l’enquête de Craig et Gray. Celle-ci reste une photographie de déclarations, circonscrite à son échantillon et au type de relation interrogé.

Attention, excitation, objectification, désir : quatre mesures à séparer

Ce que les données autorisent

« Trouble » n’est pas une variable unique que les protocoles auraient simplement graduée. Chez Hietanen et Nummenmaa, l’attention perceptive précoce renvoie ici à l’amplitude de la N170, marqueur du traitement visuel précoce. Elle augmente lorsque les vêtements diminuent, du corps habillé au maillot puis au corps nu. Ces résultats montrent une réponse plus forte, pas une préférence ni un désir.

Les mesures autonomes et les auto-évaluations de Hietanen et Nummenmaa indiquent aussi que les corps nus sont plus excitants affectivement que les autres catégories. Les auteurs interprètent l’amplification de la N170 comme le reflet probable de cette excitation. Mais une excitation affective n’est encore ni un jugement d’attrait ni une mesure du désir.

Bernard et al. mesurent autre chose : l’objectification cognitive. Elle est évaluée par l’effet d’inversion de la N170 ; son absence signale un traitement moins configural du corps. Dans les trois expériences, la proportion de peau découverte n’est pas associée à cette objectification. La suggestivité de la posture l’est, même après contrôle de l’asymétrie du corps.

La limite que le titre doit conserver

Chez Craig et Gray, le désir est auto-déclaré par 353 Américaines en couple. Une lingerie évaluée comme plus sexy lui est corrélée, ainsi qu’à l’excitation et à la satisfaction, sans causalité démontrée. L’enquête ne mesure pas la réaction d’un observateur placé devant lingerie et nudité. Surtout, nous n’avons pas trouvé de test comparant l’attrait de la même personne en lingerie et nue.

Reste l’intuition de Barthes : « L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement bâille ? » Barthes parle de lecture ; nous transposons son « intermittence » à la lingerie. L’idée conserve sa force comme hypothèse littéraire, à condition de ne pas lui faire porter une blouse de laboratoire. Les données disponibles ne montrent pas que la lingerie trouble davantage que la nudité ; elles montrent surtout que le résultat change avec ce que l’on décide d’appeler « trouble ». Tant qu’elle confond attention, excitation, objectification et désir, la question de la lingerie contre la nudité est mal posée.

Questions fréquentes

La N170 indique-t-elle qu'un corps est jugé plus attirant ?

Non. Dans les études citées, la N170 est un marqueur de traitement visuel précoce. Hietanen et Nummenmaa mesurent une amplitude plus grande devant les corps nus, mais cette réaction n'est ni une note d'attrait ni une déclaration de désir.

Les expériences de Hietanen et Nummenmaa ont-elles utilisé de la lingerie ?

Non. La première expérience compare notamment des corps nus à des corps en maillot de bain, le maillot noir étant dessiné sur les mêmes photographies de nus. La seconde utilise des corps nus ou habillés. Aucune des deux ne teste de lingerie.

Découvrir davantage de peau suffit-il à provoquer l'objectification ?

Pas dans les trois expériences de Bernard et al. Le rapport entre peau découverte et vêtement n'est pas associé à l'objectification cognitive. La suggestivité de la posture est le facteur déterminant, y compris après contrôle de l'asymétrie du corps.

L'étude de Craig et Gray prouve-t-elle que la lingerie augmente le désir ?

Non. Les 353 participantes déclarent davantage de désir, d'excitation et de satisfaction lorsque leur lingerie est évaluée comme plus sexy, mais l'étude est transversale et auto-déclarée. Elle établit des corrélations, pas que le vêtement cause ces effets.

Barthes affirmait-il que la lingerie est plus érotique que la nudité ?

Non. Dans *Le Plaisir du texte*, Barthes parle de lecture et emploie le vêtement pour décrire une « apparition-disparition ». Appliquer cette intermittence à la lingerie est une transposition littéraire de l'article, pas une thèse de Barthes ni une donnée expérimentale.