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La Lingerie
Femme en gros pull de maille crème et jean marchant dans une rue de ville, sac en bandoulière
Dans la rue, le no bra n'est visible que pour qui sait regarder : un sondage mesure ce qu'on déclare, pas ce qu'on voit.

No bra : ce que dit vraiment le sondage Ifop de 2020

2020, France

Le sondage Ifop pour Xcams, mené en juin 2020, mesure une hausse déclarée du no bra, sans prouver ni révolution des mœurs ni effet de mode durable.

Ce que dit vraiment le sondage : une hausse déclarée, pas une révolution. Le sondage Ifop pour Xcams indique qu’en juin 2020, 7 % des Françaises déclarent ne jamais ou presque jamais porter de soutien-gorge, contre 3 % avant le confinement. La hausse est nette, mais elle concerne une minorité. Elle ne démontre ni une révolution des mœurs ni un effet de mode. Ce résultat doit être lu comme un document daté, produit dans une circonstance singulière, non comme le thermomètre définitif de l’émancipation.

Le cadre mérite d’être posé sans détour : Xcams est un site de webcams pour adultes. L’Ifop a administré un questionnaire auto-administré en ligne, du 9 au 12 juin 2020, auprès de 3 018 personnes, dont 1 603 femmes, selon la méthode des quotas. Les réponses sont déclarées : elles ne donnent pas à voir des comportements observés. Trois distinctions guident la lecture :

  • les mesures de février, d’avril et de juin ne sont pas confondues ;
  • le #nobra et Free the Nipple restent deux choses différentes ;
  • les chiffres sur le confort, le travail et la crainte d’une agression ne forment pas un portrait total des Françaises.

Le fil directeur tient en une phrase : ce sondage documente une séquence, pas un basculement établi.

Qui a produit l’enquête et comment elle a été menée

Le commanditaire fait partie du document

Le rapport porte un titre qui annonce déjà son hésitation : « Le boom du “No Bra” : tendance de fond ou effet de mode ? ». Daté du 15 juillet 2020, il est commandé par Xcams, un site de webcams pour adultes, et réalisé par l’Ifop. Cette double signature n’annule pas les réponses recueillies ; elle oblige en revanche à les replacer dans les intérêts et le cadre de leur production. Le rapport de l’Ifop décrit l’enquête ; le nom du commanditaire n’y est pas un détail et ne peut être relégué en note de bas de page.

L’enquête repose sur un questionnaire auto-administré en ligne, diffusé du 9 au 12 juin 2020 auprès de 3 018 personnes âgées de 18 ans et plus, dont 1 603 femmes. L’échantillon est présenté comme représentatif par la méthode des quotas. Ceux-ci portent sur le sexe, l’âge, la profession, la région et la taille de l’unité urbaine ; ils sont établis à partir de la situation des répondants au 1er février 2020. Il s’agit donc d’une construction d’échantillon, non d’un relevé exhaustif de la population.

Ce que la méthode permet de dire

Le rapport rappelle lui-même l’obligation de rendre visibles le nom de l’institut, le nom et la qualité du commanditaire, le nombre de personnes interrogées et les dates des interrogations. Cette règle de présentation ne règle pas tout, mais elle fournit le minimum permettant d’identifier qui parle, pour qui, et à quel moment. La méthode mérite cette attention parce qu’elle organise la portée des chiffres avant même leur commentaire.

Un sondage de ce type recueille des déclarations : il n’observe ni les tenues portées ni la fréquence effective des pratiques. Les résultats doivent donc être formulés avec le verbe « déclarer », ce qui évite de prêter au questionnaire une preuve qu’il ne produit pas. L’effectif et les quotas permettent de décrire le dispositif ; ils ne convertissent pas un récit de répondante en comportement directement vérifié. La même exigence vaut pour les récits militants : l’histoire des soutiens-gorge brûlés de 1968 montre ce qu’une image répétée fait à une statistique absente.

Avant, pendant et après le confinement : les trois chiffres comparés

Le rapport met en regard trois mesures effectuées avant, pendant et après le confinement. Elles portent sur la part des femmes qui déclarent ne jamais ou presque jamais porter de soutien-gorge, non sur l’ensemble des expériences de no bra. La formulation compte : elle vise une absence déclarée comme habituelle ou quasi habituelle, et non le fait d’avoir renoncé une fois à ce vêtement. Pour les moins de 25 ans, l’écart entre les trois dates est plus ample que pour l’ensemble des femmes ; c’est un constat de tableau, pas encore une explication. L’ordonnancement des dates donne une photographie comparative, pas la trajectoire individuelle de répondantes suivies au fil des mois. Les pourcentages n’ont de sens qu’avec cette réserve de méthode.

Part des femmes qui déclarent ne jamais ou presque jamais porter de soutien-gorge

Groupe Avant le confinement : 31 janvier-3 février 2020 Pendant le confinement : 4 avril 2020 Après le confinement : 9-12 juin 2020
Toutes les femmes 3 % 8 % 7 %
Femmes de moins de 25 ans 4 % 20 % 18 %

Le rapprochement a une limite décisive : il ne suit pas les mêmes personnes dans le temps. Il assemble trois enquêtes distinctes. Celle de février, réalisée pour Diogène-France.fr, porte sur 2 005 Français, dont 1 001 femmes ; celle de juin, faite pour Xcams, porte sur 3 018 personnes, dont 1 603 femmes. L’échantillon d’avril n’est pas documenté ici. Ces chiffres permettent donc de constater une variation des déclarations entre vagues, mais non d’en isoler le mécanisme, ni d’attribuer au confinement une causalité démontrée. Le passage de 3 % à 8 %, puis 7 %, et de 4 % à 20 %, puis 18 % chez les moins de 25 ans, décrit une succession de mesures ; il ne constitue pas le récit établi d’un changement durable.

Plus que doublé, le chiffre reste celui d’une minorité

Une hausse ne suffit pas à établir un basculement

Passer de 3 % avant le confinement à 7 % après revient à plus que doubler le chiffre déclaré. Le mouvement frappe parce que l’écart est fort, surtout rapporté à un point de départ très bas. Mais 7 % demeure une minorité des Françaises : ce sondage ne décrit pas l’abandon généralisé du soutien-gorge, ni même une pratique devenue majoritaire. Nous y voyons un changement de déclaration mesuré entre deux vagues, pas la preuve d’une révolution des mœurs.

Femme en pull ample gris tapant sur un ordinateur portable, une tasse de thé sur la table
L'inconfort est cité comme facteur déterminant par 53 % des femmes qui ont déjà pratiqué le no bra en public, selon le rapport de l'Ifop.

Chez les femmes de moins de 25 ans, le contraste est plus spectaculaire : 4 % avant le confinement, 20 % en avril, puis 18 % en juin déclarent ne jamais ou presque jamais porter de soutien-gorge. Cette évolution ne permet pas de parler au nom de toutes les jeunes femmes, encore moins de toutes les générations. Elle indique que, dans cette catégorie, la déclaration d’un non-port habituel ou quasi habituel est plus fréquente dans les mesures d’avril et de juin que dans celle de février. Le chiffre bouge fortement ; cela ne suffit pas à démontrer un effet de mode, pas davantage qu’une transformation durable des habitudes.

La tentation consiste alors à raccrocher ces pourcentages à un grand récit déjà disponible. Les soutiens-gorge brûlés de 1968 offrent précisément un contrepoint utile à cette facilité narrative. Les années 1970 ne sont pas documentées ici : elles ne peuvent donc ni confirmer ni expliquer les chiffres de 2020. Un récit militant, même très répété, n’est pas une statistique ; inversement, une statistique ponctuelle ne réécrit pas l’histoire.

Cette retenue n’interdit pas de lire le vêtement comme un objet social. Elle oblige seulement à ne pas faire dire à une enquête ce qu’elle ne mesure pas. La lingerie et la société se rencontrent dans des usages, des normes et des jugements, mais ce sondage ne saisit ici qu’une déclaration à un moment donné.

L’espace public et le travail ne racontent pas la même pratique

Du haut quotidien au cadre professionnel

Le résultat de 44 % ne répond pas à une question abstraite sur le soutien-gorge. L’Ifop demande : « Depuis l’âge de 18 ans, vous est-il arrivé de ne pas mettre de soutien-gorge sous un haut (ex : T-shirt, chemisier, robe…) ? » (rapport Ifop pour Xcams, 15 juillet 2020). La formulation porte donc sur le fait de l’avoir fait au moins une fois depuis la majorité, sous un haut donné. Elle ne mesure ni une fréquence précise, ni une habitude, ni l’absence permanente de soutien-gorge.

Dans un lieu public, 44 % des Françaises déclarent avoir pratiqué le no bra au moins une fois ; la proportion atteint 59 % parmi les femmes de moins de 25 ans. Ces pourcentages décrivent une expérience déclarée, pas un comportement quotidien. Ils renvoient aussi aux représentations du corps, que la lingerie et la publicité en France permettent d’examiner sous un autre angle. Le questionnaire ne tranche pas le sens que chaque répondante attribue à cette expérience.

Le lieu de travail fait apparaître un autre seuil : 14 % des Françaises disent y avoir déjà pratiqué le no bra au moins une fois, contre 34 % des moins de 25 ans. La proportion est donc moindre que dans l’ensemble des lieux publics, pour toutes les femmes comme pour les moins de 25 ans. Il ne faut pas y lire deux groupes étanches : la catégorie du lieu public est plus large que celle du travail, et le sondage ne décrit pas des trajectoires individuelles. Il montre seulement que le même geste déclaré ne se distribue pas de la même manière selon le cadre.

C’est là que l’écart devient socialement intéressant. Un même vêtement, ou son absence sous un haut, ne porte pas le même sens selon l’endroit où il devient visible et selon les règles implicites qui y entourent le regard. Les questions d’hommes, femmes et séduction prolongent ce point : il ne s’agit pas seulement de confort ou de tenue, mais de ce qu’un corps est supposé montrer dans un espace donné. Le sondage constate une différence ; il n’en établit pas la cause.

Le confort motive autant l’abandon du soutien-gorge que son maintien

Les réponses opposées d’une même enquête

Parmi les femmes qui déclarent avoir déjà pratiqué le no bra dans un lieu public, 53 % citent comme facteur déterminant « l’inconfort procuré par le port du soutien-gorge (ex : douleurs, irritations, chaleur…) » (rapport Ifop pour Xcams, 15 juillet 2020). À côté de cette raison matérielle, 15 % mentionnent « le souhait de lutter contre la sexualisation des seins féminins qui impose de les cacher au regard d’autrui » (même rapport). Le rapport ne permet pas de classer chaque pratique sous une seule motivation, mais il indique nettement laquelle est la plus souvent retenue dans ce groupe.

L’argument de l’inconfort n’a rien d’anecdotique dans l’histoire des vêtements de maintien, sans que les mots employés ni les objets concernés se confondent. L’article sur les discours sur l’inconfort prolonge cet examen historique, en rappelant qu’un vêtement peut être discuté à la fois comme contrainte corporelle et comme norme sociale. Ici, le questionnaire ne demande pas aux répondantes de choisir entre ces deux lectures : il enregistre des facteurs déclarés.

Un même mot des deux côtés

À l’inverse, parmi les femmes n’ayant jamais pratiqué le no bra dans un lieu public, 65 % avancent « le confort que leur procure un soutien-gorge » comme frein déterminant. La part atteint 72 % chez les femmes de plus de 65 ans. Le même mot — confort — se retrouve donc de part et d’autre de la pratique : il n’appartient ni à un camp des femmes prétendument libérées, ni à un camp des femmes prétendument conformistes. La page consacrée au soutien-gorge sans armatures complète cet angle pratique en déplaçant la question vers des formes de maintien recherchées sans armatures.

Femme en chemise de lin blanche ouverte sur un débardeur de coton, assise à une terrasse de café
Un vêtement épais, une terrasse : ce qu'on voit ne dit rien de ce qu'on déclare.

La crainte d’une agression verbale, physique ou sexuelle est citée par 34 % de celles qui n’ont jamais pratiqué le no bra dans un lieu public, et par 57 % des moins de 25 ans. Cette réponse introduit une aspérité que le vocabulaire du choix vestimentaire tend à effacer. Ne pas porter de soutien-gorge, ou préférer en porter un, ne relève pas seulement d’une préférence de confort : le regard d’autrui et la possibilité d’une violence déclarée pèsent aussi dans la décision.

#nobra et Free the Nipple : deux mots qui ne désignent pas la même chose

En 2019-2020, le #nobra désigne une pratique qui peut relever du confort comme de la contestation. Le #FreeTheNipple est distinct : ce mouvement porte une revendication d’égalité des torses. Les deux expressions peuvent se croiser dans les représentations, mais elles ne donnent pas automatiquement le même sens à l’absence de soutien-gorge. L’examen du soutien-gorge obus au Wonderbra rappelle d’ailleurs qu’un objet vestimentaire, les images qui l’accompagnent et les mots qui le commentent ne se superposent pas. Le vocabulaire semble voisin, mais l’objet de la revendication ne l’est pas nécessairement.

Le questionnaire ne demande pas aux répondantes d’adhérer à une cause : il porte sur le fait, depuis l’âge de 18 ans, de ne pas mettre de soutien-gorge sous un haut. Ses résultats enregistrent donc des déclarations de pratique, notamment dans un lieu public, et non un degré d’engagement. Cette précision écarte une lecture militante plaquée après coup. La séparation entre représentations et résultats d’enquêtes éclaire aussi ce que les études ont mesuré. Cette prudence vaut particulièrement lorsque les termes circulent plus vite que les questions posées.

Parmi les femmes ayant déjà pratiqué le no bra dans un lieu public, 15 % citent « le souhait de lutter contre la sexualisation des seins féminins qui impose de les cacher au regard d’autrui » (rapport Ifop pour Xcams, 15 juillet 2020). C’est ici un motif déclaré parmi d’autres dans ces données, non la définition de toutes les pratiques. Le rapport ne permet ni d’assigner une intention militante à chaque réponse ni de soustraire les vêtements à toute dimension politique. Refuser l’étiquette automatique est plus rigoureux : chaque geste n’est pas un symbole, mais aucun vêtement n’est non plus hors des rapports de regard.

Les limites qui empêchent de transformer ce sondage en prophétie

Ce que les pourcentages ne permettent pas de dire

Le rapport porte dans son titre une question qu’il ne résout pas : « tendance de fond ou effet de mode ? » (rapport Ifop pour Xcams, 15 juillet 2020). Le passage de 3 % avant le confinement à 7 % en juin revient à plus que doubler le chiffre, mais il décrit toujours une minorité de Françaises qui déclarent ne jamais ou presque jamais porter de soutien-gorge. Les 18 % déclarés chez les moins de 25 ans attirent davantage l’attention, sans changer ce point de méthode : un pourcentage ne raconte ni la stabilité d’un choix ni son sens intime. La formule « après le confinement » elle-même ne doit pas faire croire à une causalité établie.

Ce que l’enquête établit

L’enquête établit, dans les conditions précises du questionnaire, que des répondantes ont déclaré des pratiques et des motifs à un moment donné. Elle ne départage pas une habitude installée, un changement temporaire ou une réponse liée à la période : aucune de ces lectures n’est mesurée directement. Elle ne permet pas davantage de déterminer ce qui, du confort, du contexte ou de la contestation, aurait produit les écarts observés.

  • Des réponses déclaratives : les données rapportent ce que les répondantes disent de leur pratique, non une observation de leurs vêtements.
  • Un commanditaire à garder en vue : Xcams, site de webcams pour adultes, a commandé l’étude ; l’Ifop l’a réalisée, ce qui ne dispense pas d’identifier le premier dans l’interprétation.
  • Des vagues distinctes : les chiffres de février, avril et juin ne sont pas issus du même échantillon ; la hausse et la baisse entre ces mesures exigent donc de la prudence.
  • Une mesure datée : la vague de juin s’est déroulée du 9 au 12 juin 2020 ; elle ne forme pas une série longue.
  • Aucune projection : rien dans cette enquête ne permet de dire ce que les Françaises feront ensuite, ni de prédire la durée de la pratique.

Ce sondage documente une séquence datée : il ne prouve ni une révolution des mœurs ni un effet de mode.

Questions fréquentes

Qui a commandé le sondage sur le no bra ?

Le sondage a été réalisé par l'Ifop pour Xcams, présenté comme un site de webcams pour adultes. Du 9 au 12 juin 2020, un questionnaire auto-administré en ligne a été soumis à 3 018 personnes de 18 ans et plus, dont 1 603 femmes, selon la méthode des quotas.

Quel est le principal chiffre publié en juin 2020 ?

En juin 2020, 7 % des Françaises déclarent ne jamais ou presque jamais porter de soutien-gorge, contre 3 % avant le confinement. Chez les moins de 25 ans, les proportions déclarées sont de 18 % en juin et de 4 % avant le confinement.

Quelle question l'Ifop a-t-il posée sur la pratique ?

Le rapport demande : « Depuis l'âge de 18 ans, vous est-il arrivé de ne pas mettre de soutien-gorge sous un haut (ex : T-shirt, chemisier, robe...) ? » Parmi les Françaises, 44 % déclarent l'avoir fait au moins une fois dans un lieu public (rapport Ifop pour Xcams, 15 juillet 2020).

Pourquoi certaines femmes déclarent-elles ne pas pratiquer le no bra ?

Parmi celles qui ont pratiqué dans un lieu public, 53 % citent l'inconfort du soutien-gorge comme facteur déterminant. Parmi celles qui ne l'ont jamais fait, 65 % citent le confort procuré par ce même vêtement. Les réponses ne dessinent donc pas une norme unique.

Le #nobra est-il synonyme de Free the Nipple ?

Le #nobra renvoie, en 2019-2020, à une pratique de confort et de contestation. Free the Nipple est un mouvement distinct, fondé sur une revendication d'égalité des torses. Les deux expressions ne doivent pas être employées comme des synonymes.